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La Guerre au Proche-Orient vue d’ici ...

samedi 15 juillet 2006

Comment sortir des fausses évidences apprises par coeur et répétées mécaniquement par les grands médias ? Huguette Chomski-Magnis répond aux questions posées sur la prétendue symétrie entre les deux "camps" ....

Voilà , je l’ai vu ! Enfin , j’ai vu le premier : le premier graffitti "Juifs assassins" dans le métro. Feutre indélébile, rien à faire pour l’effacer. Il va falloir s’équiper, la pacifique bataille des idées passe aussi par là. Rien que de très attendu en fait. La Cour de cassation ne vient-elle pas en annulant la condamnation pour diffamation raciale de Morin-Naïr-Sallenave ("les juifs humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens") de faire de la condamnation des Juifs en bloc une opinion ? Aux intellectuels les colonnes du Monde, aux anonymes le métro.

Les israéliens sont si méchants ...

Et puis les Israéliens sont si méchants, tout le monde le dit ou presque... Si méchants qu’on en néglige de parler des victimes civiles israéliennes. Ainsi les auditeurs du 13-14 de France Inter ce samedi n’auront-ils rien su de la mort livrée à domicile d’une grand-mère et de son petit fils de 5 ans. Les Israéliens sont si méchants qu’on en oublie de publier l’appel au secours lancé depuis les villages chrétiens du Sud Liban, pris en otage par le Hezbollah qui utilise leurs habitants comme boucliers humains pour tirer sur Israël. (1) Qui ne fustige la brutalité et la disproportion des opérations israéliennes ?

Mais où sont donc passées nos valeurs universelles ?

Le drame est que si on évalue la situation du Proche-Orient à partir du postulat que les Israéliens sont très méchants et les Palestiniens très gentils (ou le contraire, mais c’est bien plus rare) on n’y comprend rien. C’est exactement ce qui se passe. Le nez écrasé sur cette vitrine sanglante, on commet deux fautes impardonnables et indissolublement liées : on détourne les yeux du reste du monde, aussi atroce qu’il soit et on refuse de se fonder sur des valeurs universelles pour appréhender le Proche-Orient. C’est pourtant ce qu’il faut faire en posant quelques questions sur l’actualité immédiate et en tentant d’y répondre.

=> Peut-on établir une symétrie entre les "deux camps", gouvernement israélien d’une part, Hamas et Hezbollah d’autre part ?

Il suffit d’un minimum d’objectivité pour répondre NON catégoriquement. D’un côté on a le gouvernement d’un pays dont l’existence est garantie par le droit international, de l’autre des organisations paramilitaires terroristes, au seul sens recevable du terme, c’est-à-dire qui commanditent, financent, soutiennent et revendiquent des attaques contre des civils, les tirs de roquettes étant la poursuite du terrorisme à la "bombe humaine" par d’autres moyens lorsque celui-ci est contrarié. Si les sempiternelles condamnations du terrorisme par la communauté internationale ont un sens, la condamnation implacable de ces organisations et sa conséquence logique, leur désarmement effectif, sont de la responsabilité de la communauté internationale ! On en est loin !

=> Les objectifs de destruction réciproque sont-ils de même nature ?

Là encore NON, Israël affirme vouloir briser, détruire le Hezbollah et le Hamas, en aucun cas le Liban, la Syrie ou l’Iran. Hamas et Hezbollah affirment vouloir détruire l’état d’Israël au profit de l’instauration d’un régime islamiste sur toute la Palestine, de la mer au Jourdain, élément fondamental d’une "patrie" musulmane à vocation impérialiste. Ces organisations terroristes sont puissantes, armées et instrumentalisés par deux pays souverains extérieurs à la Palestine et au Liban, la Syrie et l’Iran. L’ antisémitisme, le racisme antijuif obsessionnel consubstantiel à ces formations, leur pratique, leur mode opératoire, leur populisme démagogique, leur haine des libertés démocratiques, leurs défilés militaires-bras tendu à la mode Führer pour ce qui est du Hezbollah - font irrésistiblement penser aux nazis des années 30. On mesure aujourd’hui la faute de ceux qui ont minimisé la portée du discours génocidaire d’Ahmadinedjad. Le Hezbollah, état dans l’état libanais, n’est rien d’autre que l’instrument d’une colonisation iranienne du Liban. "Le Hezbollah est l’un des piliers de notre stratégie sécuritaire et représente la première ligne de défense iranienne contre Israël. Nous refusons l’idée selon laquelle il doit être désarmé." (2) L’alliance politico-militaire entre l’Iran et la Syrie prend le Liban en otage. Six ans après la fin de l’occupation israélienne du Sud Liban et en dépit du magnifique mouvement des Libanais pour s’émanciper de l’occupation syrienne, l’indépendance nationale du Liban reste totalement bafouée.

Ceux qui se proclament "Parti de Dieu" justifiaient leur refus de l’obligation de désarmer contenue dans la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU, par leur vocation à défendre le Liban contre une possible agression israélienne. Or aujourd’hui le résultat pour les Libanais de l’action du Hezbollah c’est d’avoir provoqué l’intervention israélienne massive, la destruction des infrastructures de leur pays, de pourrir la vie des habitants des deux côtés de la frontière israélo-libanaise !

En résumé le scandale n’est pas la volonté israélienne de briser le Hezbollah mais le fait que ce ne soit pas là la volonté affirmée de la communauté et de l’opinion internationales unanimes !

=> Les soldats israéliens enlevés ont-ils le même satut que les prisonniers palestiniens, leur détention est-elle équivalente et leur échange serait-il légitime ?

Il y a certes un point commun : des êtres humains sont privés de liberté. Là s’arrête la similitude. L’enlèvement des trois soldats israéliens, appelés ou réservistes au sein d’une armée de conscription, sur leur territoire national, est indéfendable au regard du droit international, qu’on le considère comme un crime de guerre (Human Rights Watch) ou un acte terroriste. Lorsque des violations des droits de l’homme sont reprochées à des soldats, l’opinion publique, les organisations de défense des droits de l’homme et la justice israéliennes leur demandent des comptes plutôt d’avantage que dans la plupart des armées du monde. Mais nul, pas même leurs ravisseurs n’a de reproche à formuler à l’encontre des soldats enlevés, il s’agit d’une prise d’otages pure et simple.

La question des prisonniers palestiniens -et par extension libanais ou arabes-n’est pas du même ordre et ne peut s’appréhender globalement. Par définition tout prisonnier, tout suspect, peut-être coupable ou innocent. Tant qu’il n’a pas été jugé, il ne peut être ni absous ni accablé et il ne doit pas être soustrait à la justice en raison de sa seule identité nationale. Chaque individu est responsable de ses actes et doit pouvoir en répondre. Il faut absolument refuser que l’impunité soit garantie à des individus accusés d’avoir commis, tenté de commettre ou d’avoir été complices d’actes de terrorisme contre des civils, et ce indépendamment de leur nationalité ou de la cause qu’ils prétendaient servir par ces actes. Si l’on s’écarte de ce principe, la référence à une justice universelle perd tout sens. Il est donc inadmissible de considérer les détenus palestiniens en bloc comme innocents à priori, tels des otages à libérer. Même la revendication à priori humanitaire de libération des femmes et des mineurs détenus doit être remise en perspective. Oui, il est triste que des femmes, pour certaines des mères, que des mineurs soient détenus, là ou ailleurs. Mais plusieurs de ces détenus sont des ex-candidats à l’attentat suicide, empêchés de passer à l’acte par leur interpellation. L’alternative à la prison aurait donc été leur destruction par explosion. Ceux qui s’indignent de leur incarcération auraient-ils eu un mot d’indignation devant leur "suicide" ?

Encore une fois le refus de l’impunité des terroristes doit être une exigence universelle. Par contre, l’exigence de conditions de détention décentes et du droit pour tout accusé à être jugé équitablement sont parfaitement légitimes.

Condamnation inconditionnelle des organisations terroristes et des actes terroristes, indépendamment du soutien à telle ou telle cause, refus de l’injustice pour les victimes et de l’impunité pour les terroristes, refus de la compassion sélective, défense universelle des droits humains, voici, à défaut de solution miracle, ce qui pourrait baliser la voie vers une solution moins horrible.

Beaucoup de Libanais l’attendent. La majorité des Israéliens l’attendent. Sans trop pouvoir le dire, bien des Palestiniens l’ attendent aussi.

Et si la clé était ici et non là-bas, dans notre capacité à exprimer la voix d’une conscience universelle pas tout à fait morte ?

Paris le 15 juillet 2006 Huguette Chomski-Magnis © mpctasso.org (reproduction autorisée avec le nom de l’auteur et du site )

(1) Source : site www.libanoscopie.com (2) Selon Al-Sharq Al-Awsat (Liban) du 11 mai 2006, propos tenus par une haut responsable iranien (cité dans la revue de presse de CID-Démocratie et Moyen-Orient.)

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