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Terrorisme : portrait d’une meurtrière heureuse

jeudi 12 juillet 2012, par MPCT

Le 16 juin dernier un mariage a été célébré en grande pompe à Amman.

Mariés célèbres, festivités retransmises à la télévision bien au-delà de la Jordanie. Jusqu’ici, rien que de très banal : les mariages des « people » sont des événements médiatiques. Oui mais voilà, ces « people » là sont d’un genre particulier. Leur vedettariat procède de leur carrière terroriste.

Ahlam Tamimi

La star, c’est elle . Née en Jordanie en 1980 dans une famille palestinienne originaire de la région de Ramallah, partie suivre des études de journalisme à l’université palestinienne de Bir Zeit, (1) elle s’enrôla dans les rangs des Brigades Al Qassam du Hamas et devint journaliste à la télévision de l’AP.

Après avoir commis un premier attentat à la bombe dans un supermarché, elle fut la pièce maîtresse de l’attentat de la pizzeria Sbarro à Jérusalem qui fit 15 morts (2) et 130 blessés, dont plusieurs gravissimes, brisant la vie d’autant de familles le 9 août 2001.

Elle repéra les lieux, sélectionna cet endroit très fréquenté et y conduisit le terroriste. Sa mission accomplie, elle alla annoncer l’attentat au journal télévisé qu’elle présentait.

Sa relative notoriété de présentatrice n’était rien à côté de la célébrité qu’elle allait acquérir comme belle terroriste souriante et satisfaite, porte-parole des prisonnières du Hamas. Des médias du monde entier lui ont consacré articles et émissions. En 2009, Arte diffusa un reportage sur la « journaliste terroriste » (3)

Interviewée dans sa prison israélienne, elle répond volontiers aux questions.

A un journaliste qui lui demande si elle ne regrette pas d’avoir tué des familles, des enfants, elle répond « Non ».

Il lui demande si elle sait combien d’enfants sont morts dans cet attentat. Elle hasarde « trois ». Quand il lui apprend que c’est en fait huit enfants qu’elle a fait mourir, sa réaction est de sourire, agréablement surprise par son bon score.

Elle ne regrette rien, bien au contraire et elle s’auto-congratule d’avoir permis au jeune terroriste « suicidé » d’accéder au bonheur suprême.

Nizar al-Tamimi

Il est son aîné, en âge comme en terrorisme puisqu’il fut condamné à la prison à vie en 1993 pour l’enlèvement et l’assassinat d’un résident juif de Cisjordanie.

Cousine éloignée, Ahlam rendit visite à ce détenu membre du Fatah de Yasser Arafat. Plus tard Nizar apprit à la télévision les prouesses de sa cousine. Ce fut le début d’une correspondance qui aboutit vertueusement à un mariage, contracté par procuration.

Octobre 2011 : les deux Tamimi font partie des 1027 prisonniers exigés par le Hamas contre la libération de l’otage Gilad Shalit.

France 24 publie un reportage (4) sur les jeunes gens « mariés dans les geôles israéliennes et toujours séparés malgré leur liberté retrouvée ». Ils ne se sont vus que deux fois en tout et alors qu’elle est renvoyée en Jordanie, lui est assigné à résidence en Cisjordanie.

« L’histoire d’Ahlam et de Nizar Tamimi pourrait devenir aussi symbolique en Palestine que Roméo et Juliette en Europe - en version nettement plus trash », dit le commentaire.

Mais Roméo et Juliette ont choisi d’être innocents, s’aimant par-delà les préjugés, la haine et la mort. Les épousailles des Tamimi sont au contraire celles de la mort et de la haine, union scellée par une criminalité partagée, revendiquée et glorifiée.

Le triomphe de l’impunité

Un accueil triomphal est réservé aux ex-prisonniers. Hamas à Gaza, et Autorité Palestinienne en Cisjordanie rivalisent dans l’éloge des terroristes. A Amman , les Frères Musulmans font bien les choses pour la célèbre Ahlam. Elle est aussi reçue par Khaled Mechal au Caire. Loin de se languir de son Nizar, encore plus loin d’avoir tourné la page du terrorisme, elle est hyperactive et a sa propre émission hebdomadaire à la télévision du Hamas dans laquelle elle incite à suivre son exemple. En mars elle annonce au cours d’un rassemblement en Jordanie le lancement d’un grand mouvement de grève de la faim. La campagne habilement orchestrée sera un succès.

Ils seront heureux et auront beaucoup de petits terroristes ?

Début juin, en violation des termes de l’accord sur sa libération, Nizar arrive en Jordanie. La cérémonie de mariage bis est une apothéose pour Ahlam Tamimi. Pour les parents de ses victimes, c’est un nouveau coup au cœur. Parmi eux les parents de Malki Roth qui ont pétitionné en vain pour l’empêcher.

Malki Roth

Malki avait 15 ans quand elle fut massacrée à la pizzeria Sbarro avec sa meilleure amie Michal, auprès de laquelle elle est enterrée.

Elle était rayonnante comme le sont toutes les filles à 15 ans. Avec ce quelque chose en plus qui frappe sur les photos (5) que l’on peut découvrir sur le site de Keren Malki , la fondation que ses parents, Frimet et Arnold Roth, ont créée en son nom pour venir en aide aux enfants handicapés. Malki, très proche de sa petite sœur lourdement handicapée, s’investissait beaucoup dans l’accompagnement des enfants en grande difficulté.

Le sourire lumineux de Malki, son amour de la musique, sa gentillesse, tout a été anéanti en quelques secondes par une prêtresse de la haine islamiste.

Malki, innocente à jamais, Anne Franck de notre temps, a été condamnée à mort sans appel.

Ahlam, condamnée à 16 peines de prison à vie, est libre grâce au chantage de la prise d’otage qui tourne la justice en dérision.

Aussi dur que soit ce constat, il l’est moins que celui de la tolérance tacite de l’impunité.

La réprobation de la conscience universelle devrait écraser de honte les Tamimi. Il n’en est rien.

Nul n’interpelle l’Autorité Palestinienne quand elle célèbre des terroristes et appelle à la libération de TOUS les prisonniers palestiniens, en bloc. (6) Comment s’en étonner quand le Hamas lui-même est soutenu par Stéphane Hessel, incarnation de l’indignation vertueuse ?

C’est dire que le terrorisme n’est pas perçu comme un problème et que les valeurs universelles sont remisées.

Tout se passe comme si une identité pouvait procurer une immunité de principe, légitimant jusqu’aux crimes contre l’humanité (7) et garantissant l’impunité à leurs auteurs.

Tant que cette situation perdurera, les déclarations en faveur de la paix au Proche-Orient seront des formules creuses, tout autant que les engagements onusiens à combattre le terrorisme.

La condamnation du terrorisme est universelle ou elle n’est pas.

Elle n’est pas et Ahlam Tamimi est une meurtrière heureuse.

Paris, le 2 juillet 2012

Huguette Chomski Magnis

Secrétaire Générale du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme

(1) Celle où Lionel Jospin, Premier Ministre de la France, fut caillassé en février 2000 pour avoir osé qualifier le Hezbollah de terroriste.

(2) Les 15 victimes de la pizzeria Sbarro http://www.kerenmalki.org/images/Sbarro_Victims.jpg « 15 sionistes » lit-on sur le site du mouvement pro-Hamas ISM qui partage avec Dieudonné l’astucieuse utilisation de ce terme pour remplacer le mot « juif ». http://www.ism-france.org/temoignages/Accueil-triomphal-pour-Ahlam-Tamimi-en-Jordanie-article-16196

(3) http://www.arte.tv/fr/3020482,CmC=3019368.html

(4) http://www.france24.com/fr/20111019-israel-palestine-liberation-gilad-shalit-echange-prisonniers-nizar-ahlam-couple-marie-histoire-amour-prison-terrorisme

(5) Malki Roth http://www.kerenmalki.org/photo.htm

(6) http://palwatch.org/main.aspx?fi=458&fld_id=458&doc_id=6993

(7) Trois ONG ont publié des rapports qualifiant de crimes contre l’humanité les attentats visant les civils israéliens : Amnesty International et Human Rights Watch en 2002, Médecins du Monde en 2003.

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