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Tribune : Place de la Concorde, un soupçon de discorde

jeudi 4 juillet 2013, par MPCT

Un article de Josiane Sberro

- Depuis quelques semaines au Musée du Jeu de Paume, une exposition soulève controverses et manifestations d’hostilité.

Ahlam Shibli, jeune photographe née en Galilée, territoire israélien, se réclame de la nationalité palestinienne, ne reconnaissant pas à « l’occupant » le droit de l’assigner à une nationalité définie. Son travail consiste en une longue et lente réflexion sur la notion de Territoires. Elle circule librement entre les mémoires, les souvenirs, les actions humaines et les commémorations. L’ensemble « Phantom House » ou Foyers fantômes est une interrogation sur la notion de chez soi et de perte du foyer.

L’exposition se compose de six séries de photos.

- "Eastern LGBT" attire notre attention sur l’inévitable expatriation des gays de pays d’orient pour une vie possible.

- "Dom Dziecka", nous révèle le dramatique dénuement d’orphelins polonais en institutions démunies.

- Avec la série « Trauma » la problématique soulevée par Shibli se dévoile peu à peu. Les Français résistants au fascisme pour certains d’entre eux, ont pu mener des guerres destructrices et colonisatrices en Indochine ou en Algérie. Ambiguïté du statut de combattant pour simple raison d’Etat. Les pendus de Tulle en 44, sont l’exemple même du citoyen anonyme, victime innocente de la barbarie.

L’attention est attirée par une photo, superbe sur le plan artistique mais terrible sur l’amalgame qu’elle suscite dans cette série : une tenue de déporté. Allusion d’autant plus intrusive, que l’on suggère alors la situation d’urgence de la société palestinienne confrontée à un colonialisme écrasant. L’homme tour à tour victime-bourreau. C’est de l’art, vous dis-je, laissez-vous emporter par l’émotion esthétique devant ces magnifiques recherches photographiques. Mais le couteau est enfoncé dans la plaie du visiteur averti : déporté, victime, bourreau, nazi, colon, Palestine.

Le méli-mélo de poncifs politico médiatiques concernant le conflit du Proche-Orient est là, suscité en filigrane à qui sait l’entendre. Lentement mais sûrement, ce déroulement de la réflexion de l’artiste, fera de cette exposition un moment initiatique de ce qu’il faut, de ce que l’on doit comprendre du conflit.

- « Trackers » nous montre des Bédouins subitement devenus palestiniens bien que vivant au cœur d’Israël. Certains d’entre eux ont servi dans l’armée israélienne. C’est pour se faire accepter, survivre sous ce régime majoritaire de colons qu’ils s’enrôlent, nous dit Shibli. Le guide de l’exposition affirme même pour ajouter à la dramatisation, que cela leur permet d’avoir une maison en prix de leur « trahison » !

Cette série est une négation du droit des Bédouins à choisir leur propre identité. Elle impose le statut de colonisé à tout citoyen non juif de l’Etat d’Israël réduisant la réalité géopolitique de ce pays à celle d’un ghetto, fortin peuplé de colons et de victimes soumises de la colonisation.

- « Death » est l’aboutissement, la révélation de la volonté de l’artiste.

Soixante-huit photographies de « Martyrs ».

La société palestinienne garde un culte du martyr, photos, tableaux, posters, graffitis, muraux tout y contribue, dans l’espace public ou privé. Photos de tombes, de documents personnels, de simples inscriptions ou professions de foi. La recherche est très poussée.

Combattants tombés les armes à la main, selon les dures lois de la guerre, ils ont droit comme dans toute historiographie à l’émotion du visiteur, au souvenir et au rappel de l’émotion esthétique. Mais ils ne sont pas seuls dans ce parcours.

Il y a « les autres » comme dirait Brel ; ceux que l’on a tour à tour appelés selon son appartenance idéologique activistes, terroristes ou kamikazes tant leur action sanglante et inhumaine a interpellé la morale, les lois de la guerre et celles du langage des hommes. Bombes humaines idéologisées à l’extrême au point d’envoyer au ciel, rejoindre les vierges promises, de pleins autobus d’enfants israéliens se rendant à l’école ! Sept cents victimes civiles au cours de l’année 2000 !

Ils sont là, sur les murs de l’exposition et il n’y aurait rien d’iconoclaste à cela ?

Présentés sous le terme de Martyr, « sans guillemets » insiste l’artiste.

Chacun des portraits est accompagné d’une légende précise, détaillée, valorisant le fameux martyr plus ou moins terroriste, de la main de Schibli. Cette légende trop directive, assassine l’œuvre qui se voulait œuvre d’art et lui retire toute justification.

Ces légendes manichéistes, univoques, d’une société ou l’autre n’a d’autre nom que celui de colon, où la terreur n’a ni lieu ni sens, où la victime a disparu de l’espace, du contexte, et de l’esprit du visiteur, plonge l’expérience artistique dans la plus simple opération de propagande.

- On ne peut alors s’étonner des remous provoqués à Paris dans la communauté et les institutions juives par cet étalage contestable, bien qu’au nom de l’Art et de la Liberté d’expression. Communauté juive dont les enfants ont dû peu à peu quitter l’école de la République pour des écoles confessionnelles protégées et-par la force des choses- communautarisantes.

- Que dire de l’impact d’une telle exposition, accompagnée de commentaires virulents, et imposés comme seule vérité possible, sur de jeunes esprits fragilisés par de douteuses idéologies récupératrices si vivaces dans nos banlieues ?

Les images ne tuent pas, affirme avec conviction, l’un des analystes.

Est-ce en lisant les philosophes grecs, ou bien en regardant la télévision que Merah a monté son funeste projet ?

Il était bien du devoir des institutions de protester et de tenter d’alerter l’opinion publique.

De nombreux débats se sont organisés dont l’un à l’école des Beaux Arts de Paris. La bataille d’Hernani n’est rien en comparaison de l’arène où se sont échangés des propos bien loin de la pure critique d’Art. Une émission fouillée d’Arrêt sur images reprend le débat dans sa totalité, et dans le calme d’un studio d’enregistrement.

L’argument majeur restera pour les organisateurs qu’Ahlam Schibli est un regard d’auteur qui fait œuvre d’art dans cette expo. Le critique d’art y voit un travail de l’espace, une construction extraordinaire. Nous ne pouvons le nier, Ahlam est créative et maîtrise sa technique.

Mais, peut-on tout dire et tout montrer au nom de l’Art ou de la liberté d’expression ?

L’exposition des corps humain en 2009 avait bien été supprimée par respect des corps morts, et nul n’y avait vu un problème de censure.

Liberté que de crimes on commet en ton nom ...

Josiane SBERRO, partenaire du MPCT,

Représentante de Primo Info au Collectif Contre le Terrorisme

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