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Médias : parler du terrorisme à des enfants, un exercice périlleux

jeudi 26 septembre 2013, par MPCT

A propos d’une émission de radio

Doit-on parler du terrorisme à des enfants ?

Peut-on le faire sans les traumatiser, en abordant des actes qui sont des crimes contre l’humanité ? ( Non seulement les attentats tuent des enfants mais il les VISENT.)

On a envie de dire non, pas avant l’adolescence. En même temps, les enfants sont exposés, surexposés au flot d’images d’actes terroristes, images dont la diffusion fait partie des objectifs de ces crimes.

Plusieurs auditeurs, choqués, ont attiré notre attention sur l’émission de France Info Junior qui s’est lancée mercredi dernier dans ce périlleux exercice en commentant l’attentat de Nairobi.

http://www.franceinfo.fr/monde/france-info-junior/qui-sont-les-terroristes-responsables-de-la-tuerie-au-kenya-1153661-2013-09-25#comment-330523

Titre : "La prise d’otages a duré près de quatre jours dans un centre commercial au Kenya. Plus de 60 personnes ont été tuées. Les terroristes, les shebab, affirment eux que 137 otages sont morts. Qui sont les shebab ? Quelle est leur lutte ?"

Cinq enfants abonnés à "Mon Quotidien, le quotidien des 10 -14 ans" y participent.

Ils ont 10 et 11 ans.

10 ans, c’est très jeune. 10 ans, c’est aussi l’âge qu’avait la petite Camille Dewailly lorsque, attablée avec sa famille dans un café, elle fut tuée dans l’attentat de Marrakech. Comme d’innombrables petites victimes du terrorisme.

Après avoir attribué un 20/20 à Malala, ce qu’on ne peut qu’approuver, les cinq journalistes en herbe mènent avec sérieux l’interview de Marc Lavergne, chercheur au CNRS et spécialiste de la Corne de l’Afrique.

Il y a beaucoup à dire sur les réponses apportées à leurs questions et sur la vocabulaire employé.

Ainsi quand une petite fille d’origine algérienne évoque le terrorisme islamiste, il répond en substance que lorsque les militaires ont empêché les gens qui avaient remporté les élections (ie les islamistes) d’accéder au pouvoir, ceux-ci sont "devenus très violents". "Devenus" ? Ils se sont "fâchés" et sont allés dans les montagnes.

" Fâchés" ! Quel terme inadéquat , indécent de banalité, au regard des actes barbares qui furent commis, des femmes et des filles égorgées pour ne pas avoir voulu se voiler !

Le plus grave se produit à la fin.

Aux enfants qui demandent en quelque sorte une échelle de dangerosité des terroristes, le chercheur répond d’un air enjoué que c’est Al Qaida, des terroristes "qui ont réussi à détruire les plus grandes tours du monde", ce sont " des champions."

Le journaliste a le bon réflexe de répliquer "drôles de champions" mais l’émission se termine sur ce mot. Champions !

Second degré ? Volonté de dédramatiser par un ton badin un sujet si difficile ? Refus de faire affronter une indicible horreur à des enfants ? Voire.

Mieux vaudrait alors le silence. L’emploi d’un terme positif comme "réussir" et d’un terme superlatif comme "champion" est ici plus qu’une erreur, une faute qui sème la confusion et fait obstacle à la condamnation du terrorisme.

Oui, nous aurions préféré le silence de Marc Lavergne.

Nous aurions préféré un hommage aux victimes de Nairobi, dont deux sont françaises, plutôt qu’un gros plan sur les terroristes shebab.

Quant au 11 septembre, une évocation des près de 3000 vies détruites en même temps que ces hautes tours aurait été plus digne, quitte à ternir le "record" des "champions."

Huguette Chomski Magnis

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