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33 ans après l’attentat de la synagogue Copernic, la détermination des victimes à obtenir justice

samedi 5 octobre 2013, par MPCT

La conférence de presse organisée par l’Association française des Victimes du Terrorisme et l’Union Libérale Israélite le jour du 33° anniversaire de l’attentat contre la synagogue Copernic, qui a si profondément meurtri la France, a heureusement été largement relayée par les médias.

La France entière reçut le choc de ce premier attentat antisémite commis en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Elle reçut aussi de plein fouet la phrase (ensuite présentée comme un malheureux lapsus) du Premier Ministre Raymond Barre sur les l’innocence des victimes, des "Français innocents", des passants et non les fidèles juifs visés par l’attentat.

- Les victimes

L’attentat tua quatre personnes : Jean-Michel Barbé, Philippe Bouissou, Hilario Lopes-Fernandes et Aliza Shagrir.

D’autres personnes furent blessées, dont des enfants présents dans la synagogue pour une cérémonie et tous furent traumatisés

Hassan Diab, Canadien d’origine libanaise est soupçonné d’avoir commis l’attentat, pour le compte d’une organisation terroriste palestinienne.

Après une attente d’une durée inhumaine, les victimes et les familles des victimes, qui n’ont pas été entendues par la justice canadienne, veulent croire qu’Hassan Diab sera enfin extradé du Canada.

Son appel doit être examiné le 4 novembre par la Cour d’Appel de l’Ontario.

Les victimes présentes mercredi à la conférence de presse ont témoigné avec une extrême dignité et une détermination remarquable : l’épouse et la fille de Jean-Michel Barbé, l’époux d’Aliza Shagrir, venu d’Israël et Corinne Adler qui avait alors 13 ans et célébrait avec d’autres enfants sa "bat mitzvah" lorsque l’explosion fit s’écrouler sur eux la verrière de la synagogue.

Aujourd’hui comme hier, les victimes ne demandent pas vengeance mais justice.

Maître Bernard Cahen a exposé la situation juridique avec rigueur et clarté, rappelant le faisceau de présomptions qui justifie pleinement qu’Hassan Diab puisse être entendu par le Juge antiterroriste Marc Trévidic.

Pourtant rien n’est simple.

- Quels obstaclees ?

Hassan Diab, qui nie toute implication dans l’attentat, bénéficie d’un important soutien au Canada.

Son très actif comité de soutien a réussi à entraîner la section canadienne d’Amnesty International et deux autres organisations de défense des libertés à appuyer l’appel de Diab.

Nous estimons essentiel qu’Amnesty International reconsidère sa position.

Il est en effet question ici d’un attentat visant des civils, un de ces actes qu’Amnesty Internationale a, à juste titre qualifié de crimes contre l’humanité dans un rapport de juillet 2002.

Aussi nous sommes-nous adressés à Amnesty International.

Stephan Oberreit, Directeur général de la section française nous répond en évoquant un malentendu.

Il précise :

" Amnesty International ne soutient ou ne défend pas Hassan Diab. Amnesty International Canada a eu le statut "d’intervenant désintéressé" par la Cour d’appel de l’Ontario dans le cas du Ministère de la Justice du Canada c Hassan Naim Diab.

Cette intervention se limite strictement à la question des critères juridiques – basés sur le droit international relatif aux droits de l’homme – qui devraient être appliqués dans le contexte d’une décision d’extradition. Le 4 et 5 novembre 2013, notre avocat Lorne Waldman présentera aux juges de la Cour d’appel la position d’Amnesty International Canada.

Cette position peut être résumée de la façon suivante : quand il y a un risque réel que des éléments de preuve qui ont été obtenus sous la torture soient utilisés dans un procès suivant une extradition, cette demande d’extradition devrait être refusée. Nous ne prenons aucune position sur la culpabilité ou l’innocence de M. Diab. Nous ne prenons pas non plus position au sujet de la décision d’extradition, ni sur la probabilité que des éléments de preuve ont été obtenus sous la torture.

Nous sommes bien sur très attachés à ce que justice soit rendue suite au drame épouvantable de l’attaque contre la synagogue de la rue Copernic il y a 33 ans. Notre préoccupation est que le système judiciaire ne commette pas d’erreur et que les normes de droit soient en tout point respectées".

On comprend l’embarras d’Amnesty mais, dans la délicate tension entre respect des droits de la défense et respect des droits des victimes, un risque, un doute ne devrait pas prévaloir sur une certitude.

Le doute invoqué par Amnesty International Canada sur une preuve retenue contre Hassan Diab, qui pourrait avoir été obtenue sous la torture, concerne seulement le témoignage incriminant d’un ancien terroriste.

Or c’est tout un faisceau de présomptions que l’enquête menée à Paris -sans recours aucun à la torture, on en conviendra ! - a permis d’établir.

En revanche si l’appel est rejeté, les victimes et familles de victimes n’auront pas droit au procès qu’elles attendent depuis 33 ans, c’est une certitude.

La chape de de plomb de l’injustice ne doit pas retomber sur les victimes de l’attentat de la synagogue Copernic comme elle est retombée sur tant de victimes du terrorisme, en particulier sur la famille du jeune Français de 15 ans, David Kohane, tué dans l’attentat antisémite d’Anvers, sans doute organisé par les mêmes commanditaires et classé par la justice belge pour prescription.

Amnesty International qui réaffirme son attachement à ce que justice soit rendue doit AGIR en ce sens et se garder d’influencer par son action la Cour d’Appel dans le sens du refus de cette extradition.

Elle doit se conformer à son engagement affirmé à « protéger les droits des victimes du terrorisme »

Et dans ce cas particulier entendre la voix des victimes de l’attentat de Copernic.

Huguette Chomski Magnis.

Secrétaire générale du MPCT

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