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Tribune libre : Gaza, Israël, Paris…

mercredi 30 juillet 2014, par MPCT

Si on manifestait pour la paix, pour une solution politique enfin à ce long conflit, avec deux Etats reconnus et vivant en sécurité, et dans l’immédiat l’arrêt des opérations militaires (de toutes les opérations) pour protéger les populations civiles... Si on dénonçait d’une même voix la terreur qui règne en Syrie, en Irak, au Nigeria, et ailleurs encore, les massacres, eux, délibérés, les persécutions contre les minorités, contre les femmes …

Mais l’indignation est sélective, il y a victimes et victimes, ou ne serait ce pas plutôt parce que dans un cas c’est Israël, habituel coupable de tous les maux, qui est « l’accusé » ? Une solution politique réaliste, telle n’est pas la préoccupation des manifestations qui se sont multipliées « en soutien au peuple palestinien » comme disent les organisateurs. Car il s’agit plutôt de manifestations anti-israéliennes qui soutiennent - ou cautionnent - les objectifs et les méthodes du Hamas, accentuent les tensions et les haines au lieu de faire pression sur tous les acteurs pour que l’emportent la paix et le droit.

Pour les uns (un collectif où se retrouvent le NPA, le PIR, Europalestine, qui a organisé les manifestations du 19 et du 26 juillet) l’orientation politique est claire, même si le vocabulaire est souvent allusif : « soutien inconditionnel à la résistance palestinienne sous toutes ses formes ». Sous toutes ses formes ? Donc les assassinats-suicides, les enlèvements et prises d’otages ? contre « une entité coloniale », tout est permis !

D’autres (le « collectif national pour une paix durable entre Israéliens et Palestiniens », réunissant de nombreuses organisations politiques et de « droits de l’homme ») se réclament d’une exigence de paix, mais font comme si le Hamas n’existait pas, comme si la guerre n’avait qu’un seul responsable, un seul acteur : Israël. Ainsi dans le tract d’appel à la manifestation du 23 juillet, les signataires réclament « la levée du blocus » (oui, mais comment contrôler chaque caisse et chaque conteneur pour intercepter le flot d’armes qui parviendra au Hamas ?), « l’arrêt des bombardements sur Gaza » (pas ceux sur Israël…) - et le nom de « Hamas », significativement, n’est jamais cité. $

Car la paix bien sûr, tout le monde la souhaite, sauf le Hamas précisément... L’armement dont il s’est doté, et ces tunnels qui s’infiltrent dans le territoire israélien, ne sont pas là pour combattre le blocus ou lutter contre une occupation… Dans les manifestations de Paris on ignore superbement ce qu’est le Hamas qui a pris le pouvoir à Gaza depuis 2006, et dont on peut se procurer aisément le texte de la Charte sur Internet : un groupe dont les objectifs politiques sont la destruction de l’État d’Israël et l’instauration d’un État islamique, par la lutte armée et en refusant la négociation, une organisation totalitaire et radicalement antijuive (sa charte se réfère aux Protocoles des Sages de Sion, rien que ça !…).

C’est le Hamas qui a pris l’initiative de l’actuelle confrontation, prêt à sacrifier des milliers de personnes. Qui ne serait bouleversé par les morts, les blessés, y compris des enfants, les souffrances, parmi les habitants de Gaza - mais en utilisant les civils comme « boucliers humains », les édifices publics pour y installer des lances roquette et des munitions, le Hamas provoque la multiplication des morts et destructions. Le Hamas, comme les autres mouvements islamistes, opprime d’abord les populations qui sont sous leur pouvoir. Mais cela aussi on oublie ! On voit à Paris des femmes vêtues du tee shirt « I love Gaza », en short et maquillées… Bon courage à elles si elles avaient l’intention de vivre ne serait ce que quelques minutes dans un territoire sous la domination du Hamas ! Mais c’est l’habitude, dans une gauche encore marquée par les traditions staliniennes ou tiers-mondistes, on accepte (ou même on réclame) pour les « autres » ce qu’on ne supporterait jamais pour soi…

Dans toutes les manifestations, autorisées ou non et quels qu’en soient les organisateurs, ainsi qu’en marge de ces manifestations, s’expriment sans complexe « antisionisme » et haine des juifs. On nous dit qu’il faut faire la distinction… Mais que veut dire être « antisioniste » aujourd’hui ? Puisque Israël existe, « antisionisme » veut dire que cet état est illégitime, qu’il doit disparaître - ce n’est pas seulement critiquer sa politique. Expulsion, liquidation, ou réduction à l’état de minorité asservie, tel est le projet « antisioniste » pour les Juifs… Et ce discours antisioniste qui se présente comme progressiste, anticolonialiste, est la meilleure couverture pour une haine des juifs qui reprend et réactive une série de thèmes anti-juifs forgés de longue date (complot et pouvoir juifs, meurtres d’enfants.…). Slogans, pancartes, autocollants des manifestations parisiennes déclinent à l’infini cette volonté d’éradiquer Israël : « Israël casse toi, la Palestine n’est pas à toi », « la Palestine aux Palestiniens » (et la France aux Français ?), « Djihad résistance, Hamas résistance… », « Israël Palestine, Gaza Palestine". Les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et du Djihad islamique flottent au dessus des têtes, tout le monde n’apprécie pas certes, mais on laisse faire, au nom de la liberté d’expression, ou de l’unité, sans doute ?

La haine d’Israël instrumentalise la référence nazie, l’étoile de David est associée à la croix gammée, alors que paradoxalement on voit et entend dans ces manifestations les mêmes cris et les mêmes gestes que ceux de la manifestation d’extrême droite du « jour de colère » il y a quelques mois : « quenelles », saluts bras tendus, et le 23 juillet des pancartes avec une caricature de « juif » au nez crochu sont photographiées par Le Monde.

Et comment qualifier les rassemblements qui prennent pour cible des synagogues et des commerces tenus par des Juifs ? Le 12 juillet, une centaine de personnes se rassemble devant la synagogue Mishkenot Yaakov, boulevard de Belleville, criant « Mort à Israël », « Palestine vivra ». Ils ont brûlé un drapeau israélien. Le 13 juillet des manifestants se sont dirigés vers la synagogue Isaac Abravanel rue de la Roquette (et même si la LDJ a pu jouer un rôle dans la tension, elle n’en n’est pas la cause car des manifestants s’étaient auparavant installés de l’autre côté de cette petite rue) et aussi vers la rue des Tournelles. Ce fut plus grave encore à Sarcelles, lieu sans doute pas choisi au hasard…Dans une vidéo, on entend des individus crier « il y a des trucs juifs là bas » ; des individus circulent dans les rues, à pied ou à voiture, insultent et menacent, un groupe se dirige vers la synagogues de Sarcelles, avenue Paul Valéry, lance (sans l’atteindre) des projectiles et des engins incendiaires ; un supermarché casher est incendié, ainsi qu’une pharmacie dont les propriétaires sont juifs, et le grand café Le Régent tenu par des assyro chaldéens est attaqué… Pour le reste la casse, les incendies (quel attrait pour le feu ?), les pillages, de ceux qui ne cherchent que violence et bagarre, et pas seulement dans ou autour des manifestations politiques, mais chez qui la haine des juifs est particulièrement virulente. Et du côté de la population juive, la peur, le traumatisme, tant ces spectacles en rappellent d’autres présents dans les mémoires historiques. Au soir du 23 juillet (manifestation paraît il « sans incident »), un groupe part pour la rue des Rosiers : "on va chez les juifs".

Inutile de multiplier les exemples... Ces actes sont sans doute pas le fait des militants organisés dans les groupes appelant aux manifestations - ils sont en un sens dépassée par les monstres qu’ils ont nourris, excusés, légitimés (par la diabolisation nazification d’Israël, par la tolérance vis à vis de l’islamisme radical), et maintenant que vont faire ces organisations : se taire, minimiser, dire que c’est la faute de l’extrême droite, ou du gouvernement, ou « des juifs » car ils soutiennent Israël ?...

Quelques réponses dans les communiqués de presse et sur les sites Internet : le PIR dénonce la LDJ et les « lobbys sionistes », et unit le combat contre « l’Etat des colons sionistes » et contre « l’occident » colonial et raciste. Le NPA affichait sur son site « la solidarité avec le peuple palestinien est légitime et n’a rien à voir avec l’antisémitisme », et consacre quelques lignes à dénoncer les actes antisémites commis par des « irresponsables » ; il assure que le mouvement de solidarité ne se confond pas avec la haine des juifs - mais que ce sont les organisations juives qui font l’amalgame en raison de leurs « manifestations de soutien à Israël ». La LDH (communiqué du 28 juillet) ne peut nier non plus l’antisémitisme, mais accuse l’extrême droite (je veux bien parler d’extrême droite, mais il faudra remarquer et expliquer que ce n’est pas tout à fait celle dont on a l’habitude…) et assure que c’est l’interdiction des manifestations qui suscite des "violences ponctuées de slogans, gestes et chants au caractère nettement antisémite" (pourtant il y a les mêmes dans les manifs autorisées).

Les Israéliens et les Palestiniens qui veulent la paix et deux Etats sûrs et reconnus ont beaucoup à faire pour oser penser et imposer une solution politique. Ce sont eux qu’il faudrait soutenir, au lieu d’instrumentaliser ce conflit et d’attiser les haines. Et si ces manifestations parisiennes n’auront que peu d’impact sur le Proche Orient, elles en ont beaucoup, et pas pour le meilleur, sur la société française…

Claudie Lesselier

Féministe et de gauche

28 juillet 2014

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