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Historique : le troisième rassemblement du 11 septembre organisé à Paris par le Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme

samedi 7 octobre 2006, par MPCT

Historique ?

Le mot semble bien fort pour qualifier une manifestation qui n’a réuni que quelques centaines de personnes et que les médias n’ont pas couverte. Il faut pourtant apprécier ainsi le fait que, le jour-même où (mais nous l’ignorions alors) Al Qaida menaçait la France via le GSPC algérien chargé d’inspirer peur et détresse « dans les cœurs des traîtres fils apostats de France », des citoyens se rassemblaient avec calme, détermination et obstination pour dire leur rejet du terrorisme islamiste et leur solidarité avec ses victimes. Qui plus est, l’Ambassade des États-Unis était représentée et des personnalités de premier plan étaient venues soutenir cette initiative.

Corinne Lepage, Pascal Bruckner et François Zimeray sont intervenus devant une assistance enthousiaste.

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Corinne Lepage signe la pétition

Pascal Bruckner déclara notamment : « En France il n’y a pas officiellement de guerre contre le terrorisme. Mais alors pourquoi sommes-nous en Afghanistan ? Je passais devant le Louvre tout à l’heure, le bâtiment était entouré de militaires. J’ai demandé pourquoi. On m’a répondu « pour protéger les touristes » ! Alors guerre ou pas guerre ? Ne serait-on pas schizophrène ? »

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Intervention de Pascal Bruckner

Hugues Aufray et Claude Goasguen qui n’avaient pu être présents cette année avaient envoyé des messages de soutien. Morad El Hattab avait rédigé un texte pour l’occasion Le Maire du 16° arrondissement, Monsieur Taittinger, avait adressé un message.

Un aspect essentiel : ce rassemblement avait une vraie dimension internationale, par son thème bien sûr mais aussi par les liens désormais noués entre notre association et d’autres qui de par le monde veulent mener le même combat. Si Djazairouna n’avait pu envoyer de représentant, on lira ci-dessous l’intégralité du long discours, qui fut applaudi à tout rompre, de l’universitaire britannique Philip Spencer, Porte-parole de Unite Against Terror et du Manifeste de Euston. C’est bien un mouvement international de la société civile contre le terrorisme qui commence à se construire !

Et puis il y avait, sur cette Esplanade des Droits de l’Homme du Trocadéro, la rencontre entre militants et artistes autour d’un même engagement anti-terroriste Aux antipodes de l’art officiel, le spectacle WHITE OUT est d’une force artistique assez rare. Avant de donner, sans pathos, la parole aux survivants, aux victimes, il ouvre sur un pastiche de la doxa post 11 septembre. Charge féroce contre ceux qui s’escriment à nier la réalité du terrorisme ... La fin du spectacle est remarquable : fusion entre artistes et public, auquel est transférée l’appropriation individuelle du souvenir de victimes individuelles sorties de l’anonymat. Passage de témoin au plein sens du terme, ce fut un grand moment d’humanité et d’émotion que la transmission de ces fragiles et précieuses étiquettes portant chacune les nom et âge d’une victime du 11 septembre.

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WHITE OUT, scène finale, 2973 étiquettes pour 2973 vies

Et puis enfin, et puis surtout, il y avait ce soir-là la volonté de dépasser la commémoration et de rester rassemblés.

La question fondamentale de la justice pour toutes les victimes d’attentats a été au coeur du rassemblement. En donnant la parole à l’avocat du plaignant français qui lutte depuis 4 ans pour que justice soit rendue à sa mère, victime franco-israélienne d’un attentat perpétré en Israël et revendiqué par le Hamas, nous avons clairement montré deux choses : -qu’il ne s’agit pas d’un slogan creux mais d’un combat qui repose sur le courage d’individus qui luttent après avoir été atteints au plus profond de leur être. -qu’il faut refuser toute discrimination des victimes en fonction de leur nationalité et toute dérogation à la condamnation universelle du terrorisme. La pétition « Justice pour toutes les victimes civiles d’attentats » a été lancée à l’issue du Rassemblement et aussitôt signée par les personnalités présentes. Objectif : remettre des milliers de signatures au Président de la République, au Premier Ministre, au Ministre des Affaires Etrangères, au Garde des Sceaux, aux Présidents des groupes parlementaires, au Président de la Commission Européenne et au Secrétaire Général de l’ONU. Une grande bataille commence, celle de la mobilisation de l’opinion contre l’impunité des terroristes. On peut maintenant également signer la pétition en ligne.


Nous reproduisons ci-dessous plusieurs des interventions de la soirée du 11 septembre 2006

Ouverture du Rassemblement par Lise Haddad

Je voudrais en quelques mots expliquer le sens de l’action du MPCT et le choix de commémorer la date du 11 septembre.

Bien sûr ces attentats terroristes du 11 septembre ne furent ni les premiers ni les derniers mais ils nous ont marqués par leur ampleur, par le caractère symbolique de leurs cibles et par la vision en direct que nous en avons eue, sans une revendication immédiate qui nous aurait permis de comprendre ce qu’il se passait.

Ces caractéristiques ont produit un effet de sidération parfaitement calculé de la part des terroristes. La figure qui représente le mieux la terreur, c’est la Gorgone, celle dont le visage pétrifie car chacun y voit sa propre mort. Le terrorisme vise à annihiler toute capacité de réaction en nous paralysant avec la projection de notre propre mort et en nous laissant chercher des explications à la catastrophe dans nos propres défaillances, explications que les terroristes reprendront à leur compte. Même si l’autocritique reste indispensable à toute culture et à toute civilisation, il faut cependant que l’interlocuteur ou l’adversaire soit capable de ce même geste critique sans quoi nous offrons le flanc, dans ce qui n’est plus un échange mais une tentative de destruction de nos valeurs.

La principale forme de résistance me semble donc résider dans la réflexion sur ces phénomènes , dans l’information et dans la discussion permanente. Cela prend du temps, c’est austère, ce n’est pas spectaculaire mais cela reste le seul rempart contre l’effet pervers de fascination que le terrorisme cherche et réussit souvent à produire. Le lien social, la confiance, le respect sont longs et difficiles à acquérir mais comme le dit un proverbe portugais :" le temps détruit ce qui s’est fait sans lui". Je crois donc à notre action patiente et sans éclat et plus nous serons nombreux à y croire, plus nous aurons de force pour arrêter cette violence meurtrière et suicidaire.


Intervention d’Huguette Chomski Magnis, Présidente du MPCT

... Oui c’est de résistance qu’il est question, résistance à cette petite musique de mort qui monte et menace d’enfler en un vacarme assourdissant. C’est dire qu’il s’agit non d’un cérémonie officielle mais d’un rassemblement citoyen et militant. Et NON il n’est pas conservateur, et OUI, il est progressiste, le combat pour la mobilisation de la société civile contre le terrorisme qui lui fait la guerre à elle. Et honte à tous ceux qui s’autoproclament progressistes mais refusent d’entendre la souffrance des victimes d’attentats et trouvent des excuses aux terroristes !

Le rassemblement va commencer par un hommage aux victimes et il se poursuivra, après le spectacle WHITE OUT par les interventions de quelques-unes des personnalités qui nous font l’honneur et l’amitié d’être présents ce soir. Le thème de la soirée est « Justice pour toutes les victimes civiles d’attentats et nous terminerons par le lancement d’une initiative importante.

Après l’intervention du représentant de l’Ambassade des Etats-Unis, nous observerons une minute de silence. On voudrait la précéder d’une lecture des noms des victimes mais c’est désormais impossible. Comment égrener 3000 noms de victimes du 11 septembre ? Et comment dirions-nous les noms des milliers de victimes d’attentats dans le monde entier, depuis la France jusqu’à Bali ? Comment citer tous les noms des victimes de Madrid, Londres et Bombay ? Comment citer les noms de toutes les victimes israéliennes des attentats qui ont frappé pendant d’interminables mois les civils d’Israël ? Et comment citerions-nous les noms des victimes civiles, anonymes parmi les anonymes, qui tombent tous les jours en masse en Irak sous les coups des terroristes islamistes ?

Alors après la minute de silence c’est par le spectacle des jeunes artistes de la génération 11 septembre rassemblés autour de Déborah Münzer, véritable avant-garde, qu’hommage sera rendu aux victimes du terrorisme.


Message d’Hugues Aufray

Ne pouvant me trouver parmi vous pour participer à cette belle rencontre, je tiens à soutenir tous ceux qui se réunissent aujourd’hui. Savoir que, pour lutter contre la guerre et le terrorisme international, des hommes et des femmes d’origines, de cultures et de toutes confessions confondues sont capables de se rassembler fraternellement, est la seule consolation que nous puissions ressentir à l’occasion de ces anniversaires douloureux... Nous n’avons pas d’autre espoir pour nos enfants que de penser que ces hommes et ces femmes seront de plus en plus nombreux à travers le monde pour faire entendre leurs voix ! Je vous renouvelle mon fidèle soutien et je vous salue tous affectueusement.


Message de Monsieur Claude Goasguen

"Depuis le 11 septembre 2001, nul dans le monde ne peut ignorer que le terrorisme n’est plus seulement une arme de guérilla, mais une arme de guerre sophistiquée remettant en cause plus généralement les intérêts de la paix dans le monde. Depuis 5 ans le monde vit en permanence cette inquiétude, en particulier nos démocraties, frappées par un fondementalisme terroriste soutenu par des organisations fascistes et totalitaires. Aujourd’hui en même temps que l’hommage aux victimes du 11 septembre, nous pleurons tous ceux qui meurent, frappés aveuglément sans discernement. Pour eux, nous devons être vigilants, combatifs et sans faiblesse pour éradiquer tous ceux qui au nom du totalitarisme remettent en cause la dignité humaine par d’ignobles moyens."


Intervention de Bertrand Lebeau

Cinq ans ! Cinq ans déjà que cet événement immense a eu lieu. On se souvient peut-être qu’après la chute du mur de Berlin, on avait beaucoup glosé sur le "court XX° siècle" :1914-1990. Et puis il a fallu se rendre à l’évidence après le 11 septembre : ce siècle n’était pas si court. Il commençait bien en août 14 mais il se terminait avec un autre événement tragique. Le XXI° siècle a commencé le 11 septembre. Ce qui frappe aujourd’hui les esprits, c’est l’organisation redoutable qui a présidé à ces attentats mais aussi la haine inexpugnable de tous ceux qui y ont pris part. Et comme chacun le sait, Ben Laden et Al Zawahari courent toujours. Depuis le 11 septembre, les attentats terroristes se sont multipliés un peu partout dans le monde. On ne saurait les citer tous mais on songe en particulier à ceux qui ont frappé Madrid et Londres. Il faut pourtant faire deux remarques : la première c’est qu’aucun attentat de l’ampleur du 11 septembre n’a pu être organisée depuis lors par la nébuleuse Al Qaida alors même que le "Holy Tuesday" comme l’appellent les islamistes aurait dû leur donner une confiance sans limites. Rien ne dit qu’ils ont renoncé à frapper de nouveau avec une telle ampleur. Mais force est de constater qu’ils n’y sont pas parvenus. L’avenir dira si l’hyperterrorisme est contenu. La seconde leçon que l’on peut tirer, c’est que les démocraties ont tenu. Il est faux de dire que la lutte anti-terroriste tant aux États-Unis qu’en Europe a mis à bas les libertés publiques, même si Guantanamo, Abou Graïb ou les vols secrets de la CIA peuvent soulever des questions et des condamnations. Jusqu’à présent les démocraties ont fait face sans renier leurs principes. Je voudrais en conclusion faire une remarque sur le terrorisme d’état. Dans "La machine à terreur", Laurent Dispot rappelle que les premiers terroristes, ceux de la Terreur révolutionnaire en France, disposaient du pouvoir d’état. Et il en concluait que tout groupe terroriste constituait un État totalitaire en puissance. Aujourd’hui, l’expression "terrorisme d’état" est dans la bouche de ceux qui visent Israël. Jamais en revanche, ils ne pensent au Soudan, à la Corée du Nord ou encore à l’Iran. Nous nous y pensons. Cinq ans, jour pour jour, après le début du siècle, il faut continuer à mobiliser la société civile contre le terrorisme. Merci à toutes et tous d’être là.


Le combat contre le terrorisme, un combat international ! Hommage à Djazairouna

Nos amis de l’association algérienne des victimes du terrorisme ne peuvent être présents ce soir mais leur présidente nous a dit qu’elle est honorée de notre invitation. Et c’est nous qui sommes honorés des paroles de Cherifa Kheddar, cette femme courageuse qui déclare qu’ils défendront les victimes du terrorisme jusqu’à leur dernier souffle, au moment où les islamistes amnistiés par Bouteflika relèvent la tête. En juin dernier, alors que les militants de Djazairouna manifestaient pacifiquement, ils ont été interpellés, leurs banderoles et les portraits de victimes leur ont été confisqués. DJAZIROUNA, retenons bien ce nom, ils vont avoir besoin de nous et nous nous avons très besoin d’eux.

Discours de Philip Spencer

Représentant de Unite Against Terror et Euston Manifesto

Merci beaucoup pour l’invitation à parler aujourd’hui ici à Paris. Salutations du Royaume Uni. Je viens moi-même au nom de l’organisation Unite Against Terror que nous avons fondée après les événements non seulement du 11 septembre à New York mais aussi du 7 juillet à Londres. Unite Against Terror et aussi Euston Manifesto, organisation dont je suis aussi membre co-fondateur, croient qu’il faut insister plus que jamais aujourd’hui sur quelques principes fondamentaux. En premier lieu, un refus absolu, sans équivoque, du terrorisme. Il faut combattre ces criminels qui tuent sans pitié et dans des circonstances effrayantes, qui tuent des civils, des hommes, des femmes, des enfants - tous absolument innocents.

Parmi ces innocents, je veux attirer votre attention sur une des innombrables victimes, non parce qu’elle est plus importante que les autres : tous sont importants - chaque vie est précieuse, d’une incommensurable valeur. Cet home avait fui les Talibans - il a trouvé asile en Angleterre et le 7 juillet néanmoins les Talibans l’ont assassiné. Sa vie avait été sauvée en arrivant en Angleterre mais il a été tué par les bombes aveugles du 7 juillet.

Qu’est-ce qu’il avait fait ? Quel crime avait-il commis ? Rien. Il voulait simplement vivre en paix, penser par lui-même, travailler comme il voulait. Et c’est pour ça que les terroristes l’ont assassiné. Il voulait être un homme libre qui peut choisir pour lui-même. En cela, il était comme tous les autres victimes du 11 septembre et du 7 juillet.

Et il faut remarquer quelque chose aussi - il n’était pas né à Londres - il était venu à Londres comme beaucoup d’autres. Car parmi les victimes étaient des hommes et des femmes venus de partout, à travers le monde. Ils venaient de l’Europe de l’Ouest, de l’Europe de l’Est. Ils venaient de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud. Ils venaient du Moyen Orient. Ils venaient de l’Asie. Ils venaient d’Australie. Ils étaient pauvres ; ils étaient riches. Ils étaient jeunes, ils étaient vieux ; ils étaient blancs, ils étaient noirs. Ils étaient juifs, ils étaient chrétiens ; ils étaient musulmans ; ils étaient bouddhistes, ils étaient hindous.

Ils étaient tous différents l’un de l’autre, mais ils avaient quelque chose en commun : ils voulaient tous vivre en paix, dans une société libre, dans une démocratie, dans une société fondée sur les droits humains universels.

Et c’est ça que les terroristes haïssent ; c’est ça que les terroristes détestent. Ils sont les ennemis jurés de la démocratie. Ils ne veulent pas que nous vivions en paix, en harmonie les uns avec les autres. Ils veulent par leurs actes atroces semer la division, la haine, la méfiance, l’intolérance.

Et ces actes n’ont pas commencé le 11 septembre ou le 7 juillet ; ils ont essayé de tuer bien avant et pas seulement à New York ou à Londres. Ils ont tué, rappelons-nous, en France, à Madrid, en Israël, au Pakistan, à Bali, en Egypte, en Arabie Saoudite, au Kenya, en Turquie et bien sur, en Irak. Ils tuent sans pitié et ils veulent tuer partout. On peut même dire qu’ils aiment la mort.

Ils l’ont dit, n’est-ce pas ? Ils l’ont dit, n’est-ce pas, que le problème des Juifs, c’est qu’ils aiment la vie, pendant que nous, les terroristes, nous aimons la mort. Nous avions entendu ces paroles avant. Ce sont les paroles des fascistes, des années 30 et 40, de la phalange espagnole qui ont proclamé “viva la muerte”. Le signe des SS Nazi était la tête de mort.

Et comme a cette époque, il faut que nous tenions fort à nos principes, à nos valeurs en face de cette idéologie fasciste et nihiliste. Nous devons insister plus que jamais sur l’universalité des droits humains, sur la démocratie.

Quelques-uns suggèrent aujourd’hui que la démocratie n’est pas pour tous, que la démocratie n’est pas grand chose, que beaucoup de peuples n’ont jamais connu la démocratie, que la démocratie est peut-être seulement pour l’Occident, que les droits humains ne sont pas universels. Alors ça c’est faux ; ça c’est idiot. La démocratie est pour tout le monde ; les droits humains sont universels. Ils n’appartiennent pas, comme auparavant, à la minorité. Ils appartiennent aux femmes aussi bien qu’aux hommes ; aux pauvres aussi bien qu’aux riches ; aux noirs aussi bien qu’aux blancs. Il faut protéger ces droits contre ceux qui les attaquent, il faut lutter sans hésitation contre notre ennemi qui n’est pas du tout, comme le prétendent certains, imaginaire.

Cet ennemi est un ennemi sérieux, acharné, organisé, disposant de moyens considérables, financiers et matériels. L’ennemi mobilise ses forces, non seulement au Moyen Orient mais aussi ici, en Europe, au Royaume Uni et je crois, en France Aussi. Il faut mobiliser nos forces propres, et il faut combattre cet ennemi avec des idées, il faut mener une bataille idéologique.

Mais dans cette lutte, nous avons un problème. Et le problème n’est pas que George Bush dit des bêtises de temps a autre. (mais il dit aussi la vérité quelquefois- il y a vraiment un islamo-fascisme, comme il dit).

Le problème, c’est que quelques gens de la gauche, aux États-Unis, dans le Royaume Uni et je crois en France aussi, ont réagi à la menace islamo-fasciste d’une façon pénible. Ces gens veulent croire que, parce que c’est les États-Unis qui sont la cible des terroristes, les tueries sont, peut-être pardonnables. Et si le Royaume Uni devient une cible, c’est aussi peut-être pardonnable, car Tony Blair suit George Bush, parce que le Royaume Uni est un allié des États-Unis.

Cette réponse est vraiment idiote. Ce n’est pas seulement les États-Unis ou le Royaume Uni qui sont attaqués. Ils font de nous tous une cible, y compris la gauche. Les fascistes sont les ennemis jurés de la gauche aussi, et peut-être surtout.

Notre réponse doit être tout a fait différente. Notre réponse doit être, comme elle est ici et aujourd’hui, que nous exprimons notre solidarité totale avec tous les victimes du terrorisme

Note réponse doit exprimer notre horreur envers cette tuerie sanglante

Notre réponse doit être de rendre hommage à tous ceux qui sont venus en aide aux victimes, qui se sont précipites pour sauver qui pouvait être sauvé, donner de l’aide et du secours aux enfants blessés, aux hommes blessés et aux femmes blessées et les réconforter.

Ce sont les vrais héros, ces gens ordinaires. Il nous faut les célébrer aujourd’hui pendant que nous nous souvenons des victimes. Car cette réaction d’ hommes et de femmes ordinaires est notre force. Elle montre que les fascistes ne pourront jamais vaincre. C’est nous qui vaincrons, dans cette lutte. La lutte sera longue, la lutte sera difficile mais nous vaincrons, nos valeurs triompheront.

A bas le terrorisme ! A bas le fascisme ! Vive la démocratie ! Vive la justice ! Vive les droits humains universels ___________________________________________________________

Contribution de Richard Rossin

DU TERRORISME

Il faut d’urgence redonner un sens aux mots !

Les hommes ont des folies depuis toujours. Depuis toujours ils se font la guerre et habituellement pour de mauvaises raisons mais c’est malheureusement parfois incontournable. Faire la guerre c’est tuer bien sûr. Pourtant, curieusement, faire la guerre c’est avoir pour objectif la paix, un nouvel équilibre. L’ennemi est un être humain auquel on espère imposer cet équilibre nouveau qu’on n’avait pas pu ou su négocier avec lui. La guerre tue et les hommes disent qu’ils ne l’aiment pas ; ils ont donc, depuis la nuit des temps, tenter d’en édicter des règles. La guerre est une horreur de l’humanité.

Le terrorisme n’a rien avoir avec la guerre ! Le terrorisme n’a d’autre objectif que de terroriser et de tuer. Le terroriste veut tuer aveuglement et il est lâche. Il se cache pour tuer, il se cache tellement pour tuer qu’il est prêt à disparaître pour cela. Le terroriste dénie toute humanité à celui qu’il ne connaît pas et va pourtant faire disparaître.

Se pose un vrai problème de sémantique, de sens des mots dès qu’on parle de terrorisme. Il vient de ce qu’il y a quelques années, avec un sens aigu de la communication, les nazis et l’armée allemande appelaient terroristes les résistants qui luttaient contre les forces d’occupation allemandes. Les résistants luttaient contre une armée et non contre des civils. L’armée allemande répondait en exécutant froidement des civils qu’elle prenait au hasard de rafles ou de façon aléatoire sur des listes ; elle se comportait en terroriste qui avait le pouvoir. C’est ça le terrorisme d’état : des forces armées au service d’un état qui assassinent sur ordre, des hommes et des femmes anonymes, non armés, dans le but de terroriser la population. L’idéologie de ces états n’est pas défendable !

Qu’ont donc à voir avec des résistants ceux qui détournent des avions ou des bateaux de croisière et tuent des passagers, des poseurs de bombes dans des discothèques, des magasins, des marchés, des autobus, des métro, des trains ? Ils assassinent délibérément des êtres humains qui ont pour seul tort d’être là à ce moment là.

On a pu entendre dire que le terrorisme est l’arme des pauvres : et les victimes ? Qui se préoccupe des pauvres victimes ? L’assassin aurait-il plus de droit que la victime pour peu qu’il invoque une cause ? Aurions-nous, chacun d’entre nous, le droit de tuer au hasard des rencontres n’importe qui parce que nous ne serions par d’accord avec un tel ou tel autre ? Une cause est-elle défendable qui envisage d’assassiner aveuglément et de semer la terreur pour triompher ?

J’avais écrit que : « Celui qui omet de penser qu’aucune cause n’est respectable qui ne respecte le passant anonyme n’est pas seulement un lâche, il est d’abord un assassin ennemi du genre humain. »

Aujourd’hui cette horreur nous submerge avec l’accord tacite de ceux qui se taisent. Qu’importe celui qui clame haut et fort qu’il faut faire la guerre au terrorisme, il est fondamentalement un défenseur de la liberté et du génie humain. Il est mon allié.

Richard Rossin


TEXTE de MORAD EL HATTAB

Dans notre monde déchiré un peu partout par la guerre ou le terrorisme, la colombe de la paix semble bien effarouchée. Devant nos écrans de télévision, nous assistons, impuissants, à d’horribles scènes où des innocents sont tués.

Nous ne pouvons pas oublier qu’au cours de ces dernières décennies, on a tué, dans plusieurs pays, parce que l’autre n’était pas de la même religion ou ethnie que soi. En imposant aux Juifs de France, le 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune, les nazis réduisaient leur identité à une seule dimension : Juifs ! En frappant les tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, les kamikazes réduisaient l’identité des victimes innocentes à une seule dimension : Américains ! Au terme de ce processus de réduction identitaire, c’est leur dimension humaine qui s’est trouvée effacée !

Le 11 septembre 2001, à New-York, des terroristes ont tué des innocents, ces terroristes, ils nous répugnent, la peur de la mort, le cauchemar à l’idée d’être soi-même blessé ou de perdre un être cher, le goût du bonheur et de la vie ont déserté le camp des kamikazes qui organisent les attentats suicides et se transforment en bombes humaines.

La fascination de ces meurtriers pour le suicide au nom de Dieu nous interpelle et nous choque. Pourquoi ? Car en se suicidant en même temps qu’ils assassinent, ces nouveaux kamikazes, se faisant à la fois victimes et bourreaux, échappent à la justice des hommes pour présenter à Dieu les dépouilles de leurs victimes.

Décidément, la pensée de Léon Uris est bien réelle lorsqu’il écrivait : « Le dernier des imbéciles devient un saint dès l’instant où il meurt en martyr. »

Alors, rien ne sert d’argumenter avec ces salopards qui s’entêtent, pour vous détruire, à vous attribuer une opinion qui n’a jamais été la vôtre. Pour conserver sa sérénité il faut se rappeler que les vraies victimes ne sont pas ceux qui se font insulter mais ceux qui se font maltraiter et assassiner, ainsi que leurs proches : les morts du World Trade Center, les juifs que la loi du 3 octobre 1940 a spoliés de leurs droits, les Algériens massacrés par la police parisienne le 17 octobre 1961...les victimes du Darfour, des attentats, guerres et dictatures.

Sans reconnaître en chaque être humain - par-delà même sa particularité culturelle - un semblable, d’égale dignité, peut-il y avoir une société juste ? Certainement pas. Le traitement égal des humains, malgré leur diversité culturelle et sociale, ne peut que reposer sur leur commune humanité, sur l’identité d’une même “nature”. Bref, sur l’universalité de l’être humain. C’est donc sur l’universalité de la “nature humaine” que repose la reconnaissance de la dignité inhérente de toutes les personnes et de leurs droits égaux et inaliénables. C’est là qu’il faut rechercher la reconnaissance entre humains. « Il y a obligation envers tout être humain du seul fait qu’il est un être humain, sans qu’aucune condition n’ait à intervenir », déclare avec justesse la philosophe Simone Weil. Ce n’est sans doute pas pour rien que la cible réelle du racisme et des intégristes soit précisément la notion d’universalité et d’unité du genre humain. « Du point de vue historique, écrit Hannah Arendt, les racistes (...) ont été les seuls à nier sans cesse le grand principe d’égalité et de solidarité de tous les peuples, reposant sur l’idée d’humanité ». Et il nous semble qu’ils sont toujours les seuls à dénier à certains la qualité d’être humain.

Pour ce faire, sachez que je suis signataire, avec des libéraux arabes et musulmans, d’une requête soumise au Conseil de Sécurité des Nations Unies et à l’équipe constituée en vertu de l’article 9 de la Résolution-1566 pour la constitution d’un Tribunal international du terrorisme, afin de traduire en justice les individus, groupes ou entités impliqués dans des actes terroristes, y compris certains membres du clergé musulman, qui promulguent des édits religieux ou « fatwas » incitant au terrorisme. Le 11 Septembre 2001 a ouvert l’ère du terrorisme, pour un monde qui ne serait plus jamais le même mais le 11 Septembre 2001, ouvre aussi un nouveau chapitre de l’histoire qui reste à écrire. En 1948, Camus écrit : « On ne vit pas que de lutte et de haine. On ne meurt pas toujours les armes à la main. Il y a l’histoire et il y a autre chose, le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle ». Pour découvrir ce bonheur, il nous faut viser, non pas à connaître la culture de l’autre, mais à rencontrer l’autre dans sa culture. C’est une possibilité qui s’ouvre. À nous de relever le défi. Puisse la paix toujours prévaloir !


Conclusion par la présidente du MPCT

Nous l’avons dit il ne s’agit pas d’une commémoration mais d’un rassemblement militant. C’est à dire que nous tous d’horizons divers sommes rassemblés dans la condamnation du terrorisme. Et bien restons rassemblés. Plutôt que commémorer les génocides nous voulons les prévenir, plutôt que commémorer les attentats nous voulons les empêcher. Notre domaine n’est pas la guerre au terrorisme et notre résistance n’est pas armée mais civile et pacifique.

Après le Rassemblement du 11 sept 2005 nous avons adressé à l’ONU le Manifeste Ensemble Contre la Terreur, signé par Elena Bonner, André Glucksmann, Leila Babès et tant d’autres personnalités. Le Directeur du Comité Contre le Terrorisme, Javier Ruperez, l’a salué. Mais quel sens ont les plus belles déclarations de condamnation du terrorisme par l’ONU lorsqu’elle reste impuissante face aux organisations terroristes comme face à Ahmadinejad ou au gouvernement génocidaire de Khartoum ? On ne peut condamner le terrorisme et composer avec les organisations ouvertement terroristes comme le Hamas et le Hezbollah

Justice pour toutes les victimes civiles d’attentats, ce n’est ni un slogan creux ni une incantation. Cela a un contenu concret. Nous avons entendu l’appel de Bernard Zaoui et de son avocat Maître Buchinger. Nous rendons hommage à leur courage et à leur pugnacité. Avec obstination, comme Françoise Rudetzki il y a 20 ans, Bernard Zaoui se bat malgré sa peine. Nous avons décidé de soutenir la plainte de M Zaoui.

Nous lançons ce soir même une nouvelle pétition « Justice pour toutes les Victimes du Terrorisme ». Car nous refusons l’impunité des terroristes et de leurs commanditaires. C’est notre façon à nous de répondre aux nouvelles menaces d’Al Qaida...

Photos Catherine Deudon

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