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10 ans de perdus : l’appel non entendu lancé en 2005 par trois intellectuels arabes

mardi 24 novembre 2015, par MPCT

[Il nous semble opportun de rappeler l’appel lancé il y a 10 ans par trois éminents intellectuels arabes, Lafif Lakhdar, Jawad Hashim et Chaker Naboulsi.

Lafif Lakhdar, intellectuel tunisien, nous avait ensuite honoré de son soutien. Il travaillait sans relâche tout en luttant contre la maladie qui allait l’emporter.

Sans langue de bois, exemples précis à l’appui, l’appel pointait les vrais problèmes.

Il plaçait au centre la question de la justice, c’est-à-dire le devoir de mettre un terme à l’impunité des commanditaires de tous les attentats dits "suicides", y compris les auteurs de "fatwas" incitant au terrorisme.

Pourquoi cet appel ne fut il pas relayé ?

A ceux qui ne voulurent pas entendre les voix de Lafif Lakhdar, Jawad Hashim et Chaker Naboulsi de répondre et de réfléchir à leur part de responsabilité.

Le terrorisme islamiste a poursuivi son offensive sans encombres.

Que de temps perdu ! Combien de vies perdues !

Il est bien tard aujourd’hui mais pas encore trop tard.

Nous sommes fiers de nous réclamer de l’appel reproduit ci-dessous.]

POUR LA CRÉATION D’UN TRIBUNAL INTERNATIONAL DU TERRORISME Appel des libéraux arabes au Conseil de sécurité et au secrétaire général des Nations unies

Monsieur le Président, Messieurs les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,

Nous avons l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit.

En octobre 2004, le Conseil de sécurité a adopté, à l’unanimité, la résolution 1566, relative aux risques que constitue le terrorisme pour la paix et la sécurité internationales. Cette résolution affirme la nécessité de faire face au terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, et ce par tous les moyens conformément à la charte des Nations unies et aux principes du droit international. Dans son préambule, elle exprime son inquiétude face à l’accroissement du nombre des victimes des actes terroristes, y compris parmi les enfants, victimes du fanatisme et de l’extrémisme dans les diverses régions du monde. L’article 9 de cette résolution stipule la création d’une équipe de travail composée de tous les membres du Conseil de sécurité afin de définir des recommandations à soumettre au Conseil. Recommandations relatives aux mesures à imposer aux personnes, aux groupes et aux organismes impliqués dans des activités terroristes ou qui y sont liés, y compris des mesures efficaces pour les traduire en justice, que ce soit en les jugeant ou en les extradant, pour geler leurs avoirs, pour l’interdiction de leurs déplacements dans les pays membres et pour leur interdire toute vente d’armes ou d’équipements.

La résolution 1566 est venue compléter une série de résolutions précédemment adoptées par le Conseil de sécurité depuis 1999, et notamment la résolution 1267 du 15 octobre 1999, la résolution 1373 du 28 septembre 2001 et la résolution 1540 du 28 avril 2004.

Nous, intellectuels arabes, musulmans, démocrates et pacifistes libéraux, signataires de la présente pétition, souhaiterions attirer votre attention, à l’heure où vous mettez au point les recommandations nécessaires pour l’exécution et la mise en application de la résolution 1566, sur une source gravissime du terrorisme : les fatwas incitant aux crimes terroristes qui continuent à émaner de certains religieux fanatiques.

Il ne suffit pas d’adopter des résolutions condamnant le terrorisme ; il serait de bon aloi que les Nations unies instituent un tribunal international pour juger les terroristes et les prédicateurs du terrorisme qui leur fournissent des fatwas religieuses les incitant dans leurs actes.

Ces fatwas jouent un rôle essentiel dans le fait de dégager le sadisme terroriste et l’instinct de mort de toute retenue éthique, et dans le tarissement de la conscience morale et du sain sentiment de culpabilité. Par l’effet de telles fatwas, les terroristes sont tous morts ou mourront la conscience tranquille, sans vacillement de leurs convictions, parce que, le jour même de leur mort, ils iront au paradis comme le leur enseignent ces fatwas. Bien entendu, il n’est pas question de réduire le terrorisme à ces fatwas qui le justifient. Ce phénomène a diverses causes, comme l’explosion démographique et ses conséquences : l’analphabétisme, la misère, le chômage, le despotisme politique, le sous-développement des programmes scolaires, l’obscurantisme de l’enseignement religieux, etc. Mais certaines fatwas jouent un rôle direct et essentiel dans l’incitation au terrorisme, lui confèrant au terrorisme une légitimité religieuse qui fait d’un crime l’application d’une recommandation ou précepte religieux.

En illustration de ces fatwas encourageant le terrorisme, nous vous soumettons les exemples suivants.

Lorsque le juge égyptien cheikh Mohamed Ghazali, président de tribunal, a demandé à un dirigeant du groupe des Frères musulmans ce qu’il pensait de l’assassin de l’intellectuel laïque égyptien Mohamed Foda, en 1992, il se fit répondre : « Il a appliqué la sentence qui convient aux renégats. Sentence que l’imam [l’Etat] a rechigné à exécuter. » Le terroriste assassin s’est alors écrié : « Maintenant, je peux mourir la conscience tranquille. »

Le cheikh saoudien Safar ibn Abderrahman Haouali a considéré le drame du 11 septembre 2001 comme un simple « acte de réciprocité », c’est-à-dire la réponse à l’attaque de missiles de Clinton sur Al-Qaeda le lendemain de l’explosion à l’ambassade américaine de Nairobi. Il a émis une fatwa sur la légitimité des attentats contre le Pentagone et le World Trade Center. Il a déclaré que le Pentagone était le « nid du diable », « le repaire de l’espionnage » et le « nid de la mafia », et que le World Trade Center était le « centre de l’usure et du blanchiment de l’argent » (journal Al-Hayat du 13 février 2002).

Dans la fatwa émise par le cheikh saoudien Ali ibn Khodair al-Khadir innocentant les opérations d’Al-Qaeda à New-York et à Washington, il est dit : « Se lamenter ou être triste pour leurs victimes [les Américains] prétendument innocentes est chose étonnante. Il ne peut s’agir que d’un des trois cas suivants : ce sont des Américains hérétiques dont il n’y a pas lieu de regretter la mort, car l’Américain hérétique est, de par sa relation avec son gouvernement, un combattant ou un appui par l’argent ou l’opinion ou le conseil comme le spécifient leur réalité et la nature de leur régime politique. Dieu fasse qu’ils disparaissent ! Il est permis de tuer ceux qui combattent parmi eux ainsi que ceux qui ne combattent pas comme les vieux, les aveugles et les non musulmans, avec l‚unanimité des ulémas. » (journal Al-Hayat du 13 février 2002)

La fatwa émise par cheikh Youssef Qaradhawi autorise de tuer les embryons juifs dans le ventre de leurs mères parce qu’une fois nés et devenus grands, ils deviendront des soldats de l’armée israélienne ; une autre fatwa, qu’il a déclarée au syndicat des journalistes Egyptiens, autorise le meurtre de tous les Américains en Irak, qu’ils soient des militaires ou des civils. Dans le journal Al-Ahram Al-Arabi du 3 juillet 2004, il a émis une fatwa légitimant le meurtre des intellectuels musulmans libres penseurs (les « renégats »), prétendant que « les juristes musulmans sont unanimes sur l’obligation de châtier le renégat, même s’ils ne sont pas d’accord sur la nature de cette punition. La majorité des juristes préconisent la peine de mort. C’est l’opinion des quatre et même des huit écoles juridiques ».

La fatwa émise par le fondamentaliste tunisien Rachid Ghanouchi légitimant le meurtre de civils israéliens parce que, selon lui, « il n’y a pas de civils israéliens. Tous les habitants [d’Israël], hommes, femmes et enfants, sont des soldats de réserve, des combattants, qu’il est permis de tuer », ajoutant que « les juristes sunnites interdisaient jadis le meurtre des souverains musulmans parce qu’à l’époque ils étaient des nôtres. Or, aujourd’hui, ceux qui nous gouvernent sont des pions du colonialisme et ne sont en rien des nôtres, d’où l’obligation de les tuer tous ». Ghanouchi a émis, dans son livre les Libertés publiques dans l’Etat islamiste (Beyrouth, 1993), une fatwa autorisant le meurtre de tous les souverains arabes, sans exception. Il présente à ce propos un exemple concret : l’assassinat de l’ex-président egyptien, Anouar Sadate, faisant ainsi d’un tel crime terroriste un précédent juridique faisant jurisprudence.

Etant donné la difficulté, voire l’impossibilité, de juger les juristes du terrorisme et leurs acolytes dans le monde arabe et dans le monde musulman, qui publient des fatwas dans les journaux, les télévisions et les sites Internet, comme s’il s’agissait d’un acte de piété, Etant donné que les fatwas de certains religieux fanatiques contribuent, de par leur fanatisme et leur extrémisme religieux, à l’acte terroriste, Etant donné l’urgence de la lutte contre les actes terroristes,

Nous, signataires de la présente lettre, demandons au Conseil de sécurité et à la commission mise en place en vertu de l’article 9 de la résolution du Conseil de sécurité, la constitution rapide d’un Tribunal international spécialisé dans le jugement des terroristes, qu’il s’agisse d’individus, de groupes, d’organisations ou de personnes encourageant le terrorisme en promulguant des fatwas qui, au nom de la religion, y incitent.

(1) Il a été publié notamment par le Manifeste des Libertés en mars 2005.

http://www.manifeste.org/article.ph...

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