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Lise Haddad : retour sur la projection du film Watching the Moon at Night à Paris

lundi 19 juin 2017, par MPCT

Le contexte

La projection du film de Bo Personn et de Joanna Helander " Watching the moon at night”, sorti en 2015, a enfin pu avoir lieu au Conseil régional Ile de France.

Cette projection a été suivie d’un débat auxquels participaient
- Bo Persson, le réalisateur du film
- Guillaume Denoix de Saint Marc, directeur général et fondateur de l’Association française des Victimes du Terrorisme (AFVT), lui- même victime d’un attentat, -il témoigne dans le film
- Isabelle Kersimon, journaliste et auteur de L’islamophobie, la contre enquête, où elle dénonce ce concept d’islamophobie ce qui lui a valu plusieurs procès menés par le collectif contre l’islamophobie CCIF, précisément parce qu’elle a montré comment ce concept permettait de déjouer toute tentative de défense contre l’idéologie salafiste et djihadiste
- Richard Prasquier, président d’honneur du Conseil représentatif des institutions juives de France, (le CRIF)
- Huguette Chomski Magnis, fondatrice et secrétaire générale du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme, (MPCT).

J’avais moi-même l’honneur d’animer ce débat.

Le film a été précédé des allocutions de Bo Persson, de Béatrice Szwec, Présidente du MPCT, Guillaume Denoix de Saint Marc pour l’AfVT et Patrick Karam, Vice président de la Région Ile de France, qui a expliqué comment ils avaient l’intention de faire valoir les valeurs universelles qui ne sont pas une rémanence de pensée occidentale post coloniale mais bien des valeurs universelles interdisant le racisme, l’antisémitisme et l’inégalité des droits des hommes et des femmes. Il a affirmé son intention de lutter sans merci contre le BDS, et de prévenir dans les espaces de loisirs et dans les associations sportives, toute tentative de radicalisation. Le film

Le film avait pour mission d’appréhender le terrorisme sous de multiples facettes, il associait des témoignages de victimes, des analyses philosophiques, historiques et politiques d’écrivains tels que Walter Laqueur, André Glucksmann, Vladimir Bukowski et d’autres, des extraits de discours de chefs de groupes terroristes tels que le Hamas.

Il commençait par une interprétation de Walter Laqueur établissant un parallèle entre d’une part l’absence de réaction idoine des sociétés démocratiques au terrorisme et d’autre part le silence et l’inaction des Etats démocratiques devant la Shoah dont ils connaissaient pourtant parfaitement l’existence et la nature génocidaire dès 1942. Walter Laqueur expliquait ainsi comment la violence létale de certains phénomènes devient paralysante et empêche la succession logique de la réception d’une information, de son interprétation et de la mise en œuvre d’une réaction adéquate, sans doute à cause du caractère très menaçant et de la violence incompréhensible de cette information.

Il notait enfin que dans le terrorisme, la nature articulée et préméditée des attaques était moins évidente parce que les actions étaient disséminées et ponctuelles mais que cela supposait en amont, toute une organisation et un financement que seuls des Etats pouvaient fournir. Le film reprenait ces différents aspects en montrant le pouvoir de sidération de la pensée d’un phénomène qui s’emballe tout seul comme cela a pu apparaître dans la terreur révolutionnaire et qui défie toute approche rationnelle. Là, le témoignage d’une chercheuse sur l’impossibilité de renoncer à la croyance dans les crimes rituels de certains Polonais démontrait que quand il s’agit de phénomènes de haine comme la haine antisémite, la confrontation avec la vérité n’avait plus de pouvoir.

Le parallèle avec l’antisémitisme était récurrent à la fois à cause des liens effectifs entre nazis et certains groupes terroristes anti israéliens (grand mufti et Nazis, Charte du Hamas, attentats de Munich fomentés par des Palestiniens et par des nostalgiques du nazisme) mais aussi à cause du paradigme qu’il représente de l’utilisation de la haine pour faire exploser toutes les défenses rationnelles et humanistes, et pour expliquer qu’il y ait une lucidité et une sensibilité peut-être plus grandes à l’égard du terrorisme de la part des Juifs à cause de leur histoire et de leur mémoire de la persécution.

Des états étaient mis en cause. Par exemple dans le cas des attentats du théâtre de Moscou et de l’école de Beslan, il était sous entendu que la Russie de Poutine avait eu un rôle, afin de discréditer les tentatives d’indépendance des régions de l‘ancien empire soviétique provoquant en chaine une radicalisation de tous les territoires alentour.

Enfin les témoignages de victimes, toujours bouleversants, montraient comment le temps s’était arrêté pour eux au moment de l’attentat dont eux-mêmes où leurs proches avaient été victimes, ils racontaient la si difficile résilience surtout quand il n’y avait pas eu de procès ni surtout de demande de pardon de la part des terroristes survivants – l’absence de justice rendant le deuil impossible.

Les différentes séquences étaient séparées par une image récurrente représentant une sorte de manège sur un fond d’incendie nocturne accompagné de la lecture de poèmes sur le caractère monstrueusement humain du terrorisme. Il s’agit évidemment de ma lecture du film, j’en oublie nécessairement de multiples aspects mais cela vous permet déjà de comprendre ce que j’y ai aimé et ce qui a pu susciter ensuite différentes réactions.

Le débat

Le temps de débat était trop court mais il a permis de mettre en lumière ce qui avait pu susciter la discussion.

Guillaume Denoix de Saint Marc a parlé des victimes qui pour s’en sortir devaient apprendre à quitter ce statut de victimes mais qui pour cela, devaient d’abord être reconnus comme victimes par la société, or la société en ne les aidant pas assez et en n’étant pas suffisamment rapide et rigoureuse en ce qui concerne la justice, ralentit le processus de résilience et de retour à la norme, pourtant à travers eux, c’est la société qui est attaquée et qui refuse de le voir.

Isabelle Kersimon a expliqué comment elle avait été empêchée de travailler sur l’islamophobie, les difficultés qu’elle avait rencontrées en voulant éditer et le harcèlement dont elle avait été et dont elle reste victime et qui lui a valu de perdre son travail de journaliste au journal Le Point. Les institutions essayent de trouver un arrangement avec les fractions les plus dures du salafisme et de l’islamisme radical pour éviter les attentats toujours dans l’impossibilité qu’ils ont de confronter la haine au lieu de combattre cette idéologie dés le départ.

Richard Prasquier, lui, a émis des réserves sur le film reprises par certaines personnes dans la salle qui tout en reconnaissant d’indéniables qualités au film, n’ont pas compris le mélange des genres et ont craint que la spécificité du terrorisme, surtout sous sa forme islamiste actuelle, devienne moins lisible, par exemple dans la référence à la Shoah et aux accusations de crimes rituels ; d’autres ont été gênés par la référence à la Terreur révolutionnaire et aux sous entendus sans preuves suffisantes selon eux, sur l’implication russe dans les attentats islamistes qui ont frappé Beslan et Moscou.

Bo Perssonna répondu en expliquant qu’il voulait précisément faire apparaître la complexité du phénomène terroriste en montrant à la fois ses emprunts à d’autres phénomènes historiques et ses nouvelles formes et faire comprendre aussi le nécessaire arrière plan de grosses structures telles que des Etats pour permettre le déchainement terroriste.

Huguette Chomski Magnis a, elle, insisté sur le besoin de justice et l’importance du refus de l’impunité de terroristes, rappelant au passage l’appel des intellectuels arabes publié dès 2005 pour la création d’un tribunal international du terrorisme (1) ainsi que sur la nécessité de nommer, en désignant bien l’idéologie islamiste qui utilise le terrorisme comme moyen pour soumettre les populations.

Il y a eu deux interventions de représentantes des ambassades de Suède et d’Israël, la première pour accentuer la gravité de la situation et pour dire les efforts qu’il restait à fournir, la seconde pour insister sur l’exceptionnelle faculté de résilience et d’amour de la vie des Israéliens qui pouvaient servir d’exemple. Voilà à chaud un petit résumé de ce passionnant moment qui pourra être complété et nuancé par d’autres spectateurs.

Merci beaucoup à Bo Persson et à ceux qui ont permis la projection du film à Paris.

Lise Haddad, philosophe

(1) Appel de Lafif Lakhdar, Jawad Hashim et Chaker Naboulsi

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