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Forum : Y-a-t-il urgence à agir pour le Darfour ?

mercredi 30 mai 2007

Cette question pourrait paraître déplacée ...

Et pourtant , alors que le mur du silence commence à se lézarder , et que des voix arrivent enfin à se faire entendre pour dénoncer le massacre des populations civiles de cette région d’Afrique , d’autres voix s’élèvent pour ...dénoncer les solutions de protection des civils !!!

Plusieurs ONG se déclarent opposées à l’idée d’un "corridor humanitaire" au Darfour afin de faciliter l’aide aux victimes du conflit. "Si ce projet se confirmait, cela nous semblerait préoccupant. La solution pourrait être pire que le mal", déclare par exemple François Danel, directeur général d’Action contre la Faim (ACF) "La solution est de remettre les parties autour de la table de négociation". "En attendant, il ne faut pas prendre de mesures qui seraient contre-productives et qui risquent de perturber nos actions à moyen et long termes, a fortiori si des militaires français sont impliqués"

Nous reproduisons pour nos lecteurs qui ne l’auraient pas lu , cette tribune accordée par le Monde le 7 avril à quatre membres du Collectif Urgence Darfour . Cette tribune nous paraît tout à fait actuelle .

Ceux qui considèrent qu’il y a urgence à agir pour le Darfour peuvent le dire en signant l’europétition sur le site www.urgencedarfour.com, pour demander à l’Union Européenne de prendre toutes responsabilités .


La responsabilité de protéger les populations du Darfour

Louise Arbour, le Haut-commissaire aux droits de l’homme des NU, vient de lancer un appel à la mobilisation de l’opinion publique : « Pour le Darfour, elle est absolument essentielle ». En France, en écho à cet appel, le Collectif Urgence Darfour mobilise et le 20 mars à la Mutualité un premier palier a été franchi : devant des Parisiens venus nombreux, pour la première fois les grands leaders politiques, gauche et droite confondues, sont passés des mots de compassion à un engagement pour l’action. Le président de la République y a envoyé un message et le ministre des Affaires étrangères a tenu à valoriser son bilan. Nous verrons comment ces paroles se concrétisent. Déjà l’écho de cette manifestation est allé jusqu’au Soudan. Mais une polémique étrange, et à vrai dire incompréhensible, s’est développée en France.

Et pourtant. « L’inertie de la communauté internationale face au drame du Darfour est proprement écœurante », disait il y a quelques jours Jody Williams, prix Nobel de la paix, qui dirigeait la mission d’enquête (une de plus...) du Conseil des Droits de l’homme des Nations unies. Le rapport final accuse le gouvernement soudanais d’avoir « lui-même orchestré et participé [aux] crimes de guerre et crimes contre l’humanité » dans la région. Ce document s’ajoute à l’impressionnante liste des analyses qui vont toutes dans le même sens. Aussi faut-il s’étonner de la mansuétude de certains envers les écrasantes responsabilités du gouvernement soudanais, faisant de ceux qui militent pour une vigoureuse réaction de la communauté internationale, des démagogues.

Une véritable guerre contre les civils, de mieux en mieux documentée, se déroule dans l’ouest du Soudan. Si le compteur de l’ONU est bloqué à « plus 200 000 morts » depuis 18 mois, des observateurs attentifs comme Eric Reeves estiment à près de 450 000 le nombre de victimes, en s’appuyant sur différentes études statistiques (Coalition for international justice, OMS, Lancet...). Le chiffre de 400 000 est retenu par Gérard Prunier, auteur de « Darfour :un génocide ambigu », et Africa Action mesure à la même hauteur l’effroyable bilan, dû pour une part aux morts violentes et pour l’autre aux maladies et à la dénutrition.

Or le crime de génocide, selon la Convention internationale de 1948, s’entend de l’un quelconque des actes, commis dans l’intention de détruire, tout ou partie, d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Il peut s’agir de meurtres ou d’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ou encore de sa soumission intentionnelle à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. Qui peut nier sérieusement que telle est la situation endurée par les groupes « noirs africaines » fours, massalit, zaghawa... du Darfour ? La litanie est affligeante : meurtres de masse, viols systématiques des femmes et des fillettes, déplacements de force de millions de personnes après destruction de leurs villages, empoisonnement des puits, pillages, vol des cheptels...

Quant à l’aide humanitaire, Jan Egeland alors Secrétaire général adjoint de l’ONU avait colligé devant le Conseil de sécurité 14 moyens utilisés par Khartoum pour l’entraver. Cette aide vitale dont dépendent des millions de personnes est aussi pillée, détournée, attaquée par les milices janjawids et le groupe rebelle dirigé par Minawi qui a rallié le régime. L’insécurité oblige les secouristes à des évacuations répétées. D’autres, à l’instar de Médecins du monde, ont quitté la région. Selon les Nations unies 4,5 millions de personnes sont affectées par le conflit dont 1,5 million est hors d’atteinte. Le ministre soudanais en charge de... l’ l’humanitaire est désigné par la Cour Pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité pour avoir organisé les milices janjawids. La tactique de harcèlement des secours est au service d’une stratégie plus subtile que les massacres de la période antérieure : achever les rescapés par épuisement.

La question de l’intentionnalité du gouvernement soudanais ne fait pas de doutes tant les preuves sont nombreuses du ciblage systématique des civils par son aviation et les Janjawids. Les survivants mentionnent avec insistance que les Janjawids les attaquent en criant « nous allons tuer tous les Noirs » ou encore « cette terre n’est pas celle des Noirs ». D’innombrables témoignages et analyses publiés par des organisations aussi diverses que Amnesty International, Human Rights Watch ou Africa Action, confirment que l’objectif est de vider la région de ses populations « noires africaines ». Il existe donc un consensus international sur le crime contre l’humanité au Darfour. Les arguments sérieux pour parler de génocide s’accumulent hélas aussi.

Les colloques, les discussions avec les spécialistes de la région, les missions sur place ont conforté nos convictions. Nous avons écouté les paroles du sud-africain, Desmond Tutu : « Dans une course aux excuses pour justifier l’abandon du Darfour [...] nous devrions nous méfier de ceux qui prétendent que le nettoyage ethnique des civils sans défense est en fait une guerre civile [ou] que la situation est bien plus compliquée que ce que vous autres, idéalistes, laissez entendre. » Nous connaissons trop la petite musique, la même qu’au temps du Rwanda, qui focalise sur la complexité des situations et qui justifie toutes les passivités, à commencer par celle des Etats. A en croire certains de nos détracteurs, Urgence Darfour serait le problème plus que les pratiques génocidaires de Khartoum. Pourquoi ne les avons-nous pas entendus quand le sujet n’était pas autant pris en compte par les médias ?

Les arrestations accompagnées de tortures se sont multipliées ces derniers mois contre les avocats et les notables darfouris sur place mais aussi à Khartoum. Dans tout le pays, journalistes, défenseurs des droits de l’homme et opposants sont également visés. Tortures, traitements inhumains et dégradants sont fréquents et les restrictions à la liberté de presse et de réunion sont courantes. Se reposer sur la promesse d’élections libres dans deux ans, c’est se faire l’avocat de la propagande du régime et surtout faire baisser la pression sur Khartoum. Faire croire à un gouvernement d’union nationale, où les Sudistes auraient une partie du pouvoir n’est que tartuferie. Le vice-président soudanais, sudiste, qui s’oppose à Béchir en raison de la non-application de l’accord de paix au Sud, a brisé cette fiction en se déclarant favorable à l’intervention des casques bleus et de la CPI au Darfour.

L’équipe dirigeante actuelle issue des Frères musulmans s’est emparée du pays par un putsch militaire en 1989 ; quelques mois auparavant ce courant avait obtenu moins de 10% aux élections. Sa première préoccupation a été de relancer la guerre aux populations noires du Sud, animistes et chrétiennes, au nom de la charia. Elles avaient le malheur de vivre dans des zones pétrolifères. Des millions de morts et des millions de déplacés s’en sont suivis. Le Soudan a une tradition d’esclavage de ses populations noires, les Sudistes en ont été des victimes jusqu’à récemment et comme le souligne JP Ngoupandé le mépris affiché pour la vie des populations « négro-africaines » est en lien avec ce passé.

Au Darfour, les populations civiles ont droit au secours d’une force internationale de protection. Qui honnêtement peut dire le contraire ? Le droit d’être protégé en pareille circonstance, n’est-il pas l’impératif minimum ? La résolution 1706 de l’ONU demande l’envoi de casques bleus, non pas dans tout le Soudan, mais au Darfour. La présence de 10 000 soldats de la paix au Sud n’a pas remis en cause la souveraineté du pays ni changé la nature du régime. Pourquoi, alors, Béchir la redoute-t-il au Darfour, sinon parce qu’il y estime inachevée sa sale besogne ? Les Etats-Unis à l’unisson des Européens grondent mais n’agissent pas. Pire, Bush a obtenu de Khartoum une coopération dans sa « lutte contre le terrorisme », d’où la visite du chef des services secrets soudanais à Washington. Le Darfour n’est pas l’Irak...

Le Parlement européen invite « les Nations unies, même en l’absence de consentement ou d’accord de la part du gouvernement soudanais, à fixer clairement une date pour le déploiement d’une force de maintien de la paix ». L’assemblée « demande aux gouvernements des États membres de l’Union européenne, au Conseil et à la Commission de prendre leurs responsabilités et de tout mettre en œuvre pour protéger effectivement les populations du Darfour d’un désastre humanitaire ». Dès maintenant, l’Union européenne doit exercer des sanctions économiques et politiques, pour faire reculer le gouvernement de Khartoum. Oui il y a urgence à agir pour le Darfour !


- Dr Jacky Mamou ancien président de Médecins du monde
- Dominique Sopo président de Sos-racisme
- Yves-Jean Gallas vice-président du Mouvement de la paix
- Armen Séropyan porte-parole de Nouvelle génération arménienne . Tous membres du Collectif Urgence Darfour
(www.urgencedarfour.com)

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