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Tribune : Une tragédie et notre responsabilité

mardi 4 mars 2008

Quelques réflexions en réponse au message reçu d’une de nos correspondantes, femme engagée et d’une grande honnêteté intellectuelle :

"Israël-Palestine, c’est bien dur... Enfant amputé d’un côté, et attaques constantes, bébé tué dans son sommeil, et bombardements, de l’autre. Comment se positionner contre la terreur qui atteint tous les civils, où qu’ils soient, pour faire un travail de fond contre ce qui crée le terrorisme. On a l’impression de reculer dès qu’on avance... Les uns ne soutiennent qu’un peuple, les autres qu’un autre (partis, sympathies, liens divers) et tout le monde se fait la guerre à travers eux."

Situation très grave en effet, avec des morts palestiniens par dizaines nous dit-on. Mahmoud Abbas parle d’holocauste et Khaled Meshal de son repaire syrien enfonce le clou : le vrai holocauste, le voilà, l’autre n’est qu’un prétexte très exagéré. Air connu et toujours aussi insupportable !

Sur la réalité des faits, l’expérience nous a enseignés qu’il faut prendre du recul par rapport aux informations déversées. On se souvient du faux "génocide" de Jénine. Aux médias de faire effort d’objectivité dans la présentation des informations.

Ainsi quand on lit dans un quotidien de référence, d’une part : "Au moins trente-deux Palestiniens, dont des civils, ont été tués par l’armée israélienne et plus de soixante-dix blessés, samedi 1er mars, dans la bande de Gaza, a-t-on appris de sources médicales et auprès du Hamas".et d’autre part : "Côté israélien, trois civils dont deux enfants ont été blessés samedi matin dans la ville d’Ashkélon, dans le sud d’Israël, par l’explosion de roquettes palestiniennes tirées à partir de la bande de Gaza,selon des sources policières".

On peut se demander pourquoi la terminologie n’est pas normalisée. Car les implications diffèrent en fonction de la formulation choisie : présupposé de véracité dans un cas, neutralité prudente dans l’autre.

Ceci étant, il est hélas très vraisemblable qu’il y ait encore beaucoup de civils, des femmes et des enfants, parmi les victimes palestiniennes des bombardements israéliens. C’est absolument tragique. Avoir conscience que c’est d’ailleurs là un des objectifs recherchés par le Hamas ne le rend pas moins horrible. Le Hamas n’a cure des morts palestiniens, sinon il n’enverrait pas des gens se faire exploser ! Arafat, notre icône, avait fait le même calcul cynique d’une "com" gagnée à coup de morts.

Mais il faut surtout poser la question : quelle alternative y a-t-il à ces bombardements israéliens ? Une seule sans doute. Que l’opinion mondiale dise clairement aux Palestiniens et à leurs dirigeants :
- cessez les attaques contre les civils israéliens (tirs de roquettes et tentatives d’attentats "suicides").
- libérez le soldat franco-israélien Guilad Shalit otage kidnappé sur son territoire national. Et qu’elle dise à l’Iran de cesser d’introduire dans la bande de Gaza des armes (dernières en date, les roquettes Grad à plus longue portée) qui n’apportent que le malheur à sa population. Si cela ne se produit pas, si le seul message de condamnation s’adresse à Israël, les choses iront de mal en pis entre l’armée israélienne et les groupes armés palestiniens agissant au milieu d’une population civile très dense.

L’opinion mondiale (c’est-à-dire en définitive chacun de nous) aura-t-elle le courage de tenir un langage de vérité et d’équité, de contrer le soutien au terrorisme apporté par un John Dugard, Rapporteur très officiel au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (2) et par les bureaucrates qui sévissent dans bien des ONG ? Bien rares en effet sont celles qui,à l’instar de Human Rights Watch s’efforcent d’avoir une approche non manichéenne.

Là est la véritable question. C’est aux vrais amis qu’il revient de donner des conseils francs. Cela vaut pour les partisans de la création d’un état palestinien comme pour ceux de l’indépendance de toute l’Irlande,de l’autonomie du Pays Basque ou de toute autre cause. Il faut savoir dire à ses amis : "Non, pas ça, pas le terrorisme !" L’absence de la voix d’une conscience universelle, d’un Camus de notre temps, nous inquiète. Il nous faut relever le défi, nous arc-bouter sur la défense des valeurs universelles, refuser la discrimination des victimes, l’indignation sélective, le relativisme. Toute approche qui se satisfait du terrorisme contre des civils est à rejeter avec force.

Huguette Chomski Magnis

(1) Le Monde 1° mars 2008

(2) John Dugard, "Rapporteur spécial sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967" : "Le bon sens commande d’opérer une distinction entre des a ctes de terrorisme insensé tels que ceux commis par Al Qaida, et les actes commis au cours d’une guerre de libération nationale contre le colonialisme, l’apartheid ou l’occupation militire dont ils sont une conséquence douloureuse mais inévitable.... Israël doit mettre fin à l’occupation et à la violation des droits humains et du droit humanitaire international qu’elle engendre au lieu d’invoquer la justification du terrorisme pour faire diversion, comme prétexte pour ne pas s’attaquer aux racines de la violence palestinienne, l’occupation". (7° Session du Conseil des Droits de l’Homme, ONU, 21 janvier 2008)

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