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Pour Ingrid Betancourt et toutes les autres

vendredi 7 mars 2008, par MPCT

Un appel publié par Le Monde

Point de vue

Ingrid et toutes les autres LE MONDE | 07.03.08

Le visage émacié d’Ingrid Betancourt qui se substitue à l’image de l’Ingrid d’avant marquera cette Journée internationale des femmes car nous mesurons que ce n’est plus seulement sa libération qu’il faut arracher mais sa vie qu’il faut sauver. Visage symbole de la souffrance des femmes persécutées du monde, un monde où l’espérance survit peut-être grâce aux Ingrid du monde.

Car Ingrid Betancourt n’est pas la seule femme à être attaquée pour son engagement et menacée dans sa vie. Nous voulons les protéger toutes, célèbres ou anonymes, de notre solidarité. Nous n’avons que les mots pour le faire, mais ces mots, leur souffrance et leur courage face au terrorisme exigent que nous les disions.

Il y a Ayaan Hirsi Ali, la brillante, la célèbre, celle qui n’est pas otage enchaînée mais femme libre à la langue déliée, menacée de mort pour délit de libre-pensée. Mais aussi Taslima Nasreen, l’écrivaine bangladaise, condamnée à mort par une fatwa, comme Salman Rushdie. Taslima Nasreen, cette femme courageuse qui a si longtemps lutté, doit aujourd’hui se terrer, elle aussi victime de la lettre de cachet des temps nouveaux.

Qu’avez-vous fait, imprudentes, impudentes, immodestes ? Vous avez courroucé les islamistes ! Et vous encombrez, vous dérangez... Depuis sa fragile cachette indienne, Taslima Nasreen nous a crié : "Je ne suis plus qu’une voix désincarnée." Nous sommes très inquiètes. Taslima, il ne faut pas qu’ils te brisent !

Et puis il y a celle dont le nom, ignoré des médias, n’est connu que des discrètes et pugnaces combattantes du droit des femmes : Sigma Huda, rapporteure spéciale de l’ONU sur la traite des personnes, elle aussi du Bangladesh. Un pays qui ne peut décidément pas tolérer ses citoyennes d’exception. Sigma Huda, emprisonnée dans des conditions inhumaines, après un procès sans observateur international, et que sa santé précaire expose à la mort si sa détention ne cesse pas.

En ce 60e anniversaire de la Déclaration universelle, est-ce trop demander à la diplomatie française représentée au tristement célèbre Conseil des droits de l’homme que d’exiger sa libération et sa sécurité ?

Et puis il y a les toutes les autres, les sans-grade, inconnues que le hasard a fait naître là où la Déclaration universelle des droits humains n’a, paraît-il, rien à faire, en Iran ou ailleurs. Nous apprenons l’existence de certaines d’entre elles au hasard des nouvelles glanées çà et là. Une recherche plus attentive, un rapport, un communiqué publiés par une ONG plus informée et plus réactive.

TOUTES DES SORCIÈRES !

Ainsi Fawza Falih la Saoudienne, dont Human Rights Watch nous a annoncé qu’elle est condamnée à mort et doit être exécutée pour sorcellerie. Oui, au XXIe siècle, on peut encore exécuter pour sorcellerie en Arabie saoudite ! La preuve, Human Rights Watch nous a aussi appris que, le 2 novembre 2007, l’Egyptien Mustafa Ibrahim, pharmacien de son état, avait été exécuté à Riyad après avoir été déclaré coupable de sorcellerie.

Est-ce utopique de penser que tout doit être fait pour empêcher la mise à mort de la "sorcière" Fawza ? Alors, nous revendiquons cette utopie, plus réelle que les bassesses de la Realpolitik. Nous sommes toutes des sorcières !

Et enfin il y a le combat quotidien de celles qui ne risquent pas leur vie à chaque pas mais doivent affronter les préjugés, la malhonnêteté intellectuelle, la calomnie lorsque, avec cette idée saugrenue que l’humanité doit progresser et non régresser, elles entendent défendre laïcité, égalité des droits et mixité si chèrement acquises. Comme elles, nous ne voulons pas que le droit à la différence soit prétexte à la différence des droits. Comme elles, nous voulons défendre pied à pied les valeurs universelles. Tous les jours. Même le 8 mars.


Marie-Christine Aubin, membre du bureau du Mouvement pour l’abolition de la prostitution et de la pornographie et de toutes formes de violences sexuelles et discriminations sexistes (MAPP) ;
- Diagne Chanel, présidente du Comité Soudan ;
- Huguette Chomski Magnis, présidente du Mouvement pour la paix et contre le terrorisme, Alliance internationale contre le terrorisme (MPCT) ;
- Monique Halpern, présidente de la Coordination française pour le lobby européen des femmes (CLEF) ;
- Malka Marcovich, membre du bureau international de la Coalition contre la traite des femmes (CATW) ;
- Florence Montreynaud, Encore féministes ! ;
- Sophie Ribot-Astier, administratrice et membre du bureau de Défense des enfants international (DEI) France ;
- Sabine Salmon, présidente de Femmes solidaires ;
- Josiane Sberro, vice-présidente de Primo Europe ;
- Annie Sugier, présidente de la Ligue Internationale du Droit des Femmes

Article paru dans l’édition du 08.03.08

http://www.lemonde.fr/opinions/arti...

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