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Tribune : Pour Aisha

samedi 20 décembre 2008, par MPCT

Saluons Liliane Messika qui nous réveille d’une mauvaise torpeur en nous contant de sa plume acérée le martyre d’Aisha Ibrahim Duhulow, 13 ans, mise à mort de la plus barbare des façons en Somalie par les milices islamistes qui contrôlent la région où, née de sexe féminin, elle avait le malheur de vivre. (1)

Car, il faut hélas le dire, personne, pas même sur ce site, n’avait vraiment relayé comme elle le méritait l’information atroce donnée dès le 31 octobre par Amnesty International : une jeune fille, en vérité une fillette de 13 ans, avait été lapidée le 27 octobre 2008 dans le stade de Kismaayo. (2)

L’indignation nous avait bien saisi(e)s alors. Mais la réaction fut défaillante, comme si, de lassitude et d’écœurement, les bras nous tombaient un peu.

Alors merci à Liliane Messika pour cet hommage posthume enfin rendu à Aisha.

Il faut rejeter l‘indignation sélective.

La mort d’enfants et d’adolescents est toujours révoltante. L’enfant qui meurt de malnutrition ou du sida faute d’avoir eu droit à un traitement médical, l’enfant qui meurt martyrisé(e) par son entourage ou par des voyous assassins, l’enfant qui meurt écrasé(e) dans l’effondrement d’une école construite au rabais, l’enfant qui meurt déchiqueté(e) par des terroristes dans l’attentat destiné à massacrer des civils, l’enfant tué(e) par l’intervention militaire qui visait des terroristes abrités au milieu de civils, chacune de ces morts, où qu’elle survienne, nous touche dans notre humanité.

Encore faut-il souligner que la mise à mort d’Aisha a été, non seulement voulue et calculée pour lui infliger le maximum de souffrances, mais officielle, décidée par l’autorité en vigueur dans cette ville portuaire du sud de la Somalie, coalition constituée de la milice Al Shabab et de milices claniques. Elle s’est faite au nom de l’islam politique, au nom de la Sharia, c’est-à-dire prétendument au nom du droit.

Le 7 mars dernier, nous signions dans le Monde (3), à quelques « sorcières » (surnom adopté par solidarité avec la Saoudienne Fawza Falih, condamnée à mort pour sorcellerie) un appel dans lequel, après avoir évoqué quelques persécutées célèbres nous écrivions :

« Et puis il y a les toutes les autres, les sans-grade, inconnues que le hasard a fait naître là où la Déclaration universelle des droits humains n’a, paraît-il, rien à faire, en Iran ou ailleurs. Nous apprenons l’existence de certaines d’entre elles au hasard des nouvelles glanées çà et là. Une recherche plus attentive, un rapport, un communiqué publiés par une ONG plus informée et plus réactive. »

Aisha fut, avant l’âge, une de ces femmes sans-grade abandonnées du monde.

Elle fut plusieurs fois victime !

D’abord victime, comme tant d’autres, ici ou ailleurs, d’un viol collectif . Gageons qu’elle ne portait pourtant pas la fameuse mini-jupe censée excuser les violeurs.

Elle fut doublement victime lorsque se tournant vers ce quelle croyait être la justice, elle fut déclarée coupable pour cause de sexe féminin, les violeurs, eux, n’étant pas même arrêtés. Elle fut donc condamnée à mort par lapidation, châtiment réservé par la sharia aux femmes adultères, sans âge minimum.

L’insoutenable relation de la mise à mort a été faite dans le communiqué d’Amnesty International.

On peut y apprendre que de prétendues « infirmières » chargées de vérifier qu’Aisha était bien morte, la sortirent du trou où elle avait, selon la coutume en usage, été enterrée jusqu’au cou puis, se rendant compte que, zut, elle était encore en vie, la replacèrent avec zèle dans le trou pour la fin de son supplice. Bien sûr, une telle tâche n’aurait pu incomber à des hommes : la jeune diablesse aurait pu les exposer à une ultime tentation. Pour rester purs selon la Sharia, eux ne pouvaient la toucher que par pierres interposées.

Et Aisha fut encore victime parce qu’abandonnée du monde, d’une « communauté internationale » dans laquelle nous avions fondé tant d’espoirs.

Car cette histoire n’est pas somalienne. Elle n’est pas africaine. Elle est mondiale et incarne le défi auquel l’humanité est confrontée.

Dans le prétendu village planétaire, comment se fait-il que la nouvelle de sa condamnation ne nous soit pas parvenue à temps ?

Lorsque sortit le Communiqué d’Amnesty International, il était trop tard pour sauver Aisha, trop tard pour tenter de lancer une campagne qui eut peut-être atteint la Somalie et qui sait, arrêté le bras des bourreaux.

Du moins, Amnesty International eut il le mérite de faire connaître la mort atroce d’Aisha.

Las, la nouvelle n’intéressa pas.

Et ainsi, morte, Aisha fut une dernière fois victime, de l’indifférence d’un monde qui s’apprêtait à célébrer en grande pompe le 60° anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Rien ne devait entraver la marche triomphante vers le relativisme culturel et les accommodements, au nom du droit à la différence, avec la différence des droits et les pratiques les plus cruelles.

Rien ne devait tenir l’image d’Epinal de la commémoration.

Ni le terrorisme pourtant tonitruant, ni les horreurs tolérés au nom du respect d’une conception pervertie de la liberté religieuse !

In extremis, le Président Sarkozy et le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki Moon, rappelèrent bien que le terrorisme violait les droits humains mais la prise de conscience se sembla pas atteindre la cérémonie du 10 décembre.

Il faut oser le dire : en dépit de son glorieux passé, Stéphane Hessel, figure emblématique de cette commémoration, ne résiste plus aujourd’hui.

Celui qu’on présente comme un universaliste joyeux, devenu prudent avec les années, ne se risque pas à contrarier les islamistes.

Il symbolise bien le tour de passe-passe par lequel, au nom des droits de l’homme, on liquide l’héritage de l’universalité des droits humains. Son vieux cœur ne bat pas pour Aisha et ses semblables.

C’est pourquoi, à l’instar de Georges Brassens qui, le jour du 14 juillet restait dans son lit douillet, le 10 décembre, je n’étais pas de la fête.

Mais la fête se termine et il reste beaucoup d’Aisha à sauver.

L’espoir, on le puisera, plus sûrement que dans les célébrations, dans les aspirations qui sourdent de peuples du monde entier. Même de Somalie puisque des miliciens ouvrirent le feu, en cet horrible jour du 27 octobre 2008, sur des personnes qui tentaient de sauver Aisha !

Un petit garçon fut tué par balle. A lui aussi, il faut rendre hommage.

S’il voulait, du haut de ses huit ans, secourir Aisha, c’est que la valeur n’attend vraiment pas le nombre des années.

Citoyennes, citoyens du monde, à nous de jouer maintenant. A nous de mettre l’ONU et nos gouvernements devant leurs responsabilités. Il paraît que nous formons l’opinion publique internationale.

Huguette Chomski Magnis

Présidente du MPCT

(1) http://www.primo-europe.org/index.php

Petit chaperon rouge et petits poussahs

(2) http://www.amnesty.org/fr/news-and-...

Une mineure lapidée en Somalie

(3) http://www.mpctasso.org/spip.php?ar...

Pour Ingrid Betancourt et toutes les autres

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