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LE MESSAGE DU 11 SEPTEMBRE DE GIANCARLO GALAN, PRESIDENT DE LA REGION DE VENETIE

dimanche 20 septembre 2009, par MPCT

Ce message du Président de la Région de Vénétie, Giancarlo Galan, a été adressé à la fois au MPCT, organisateur du rassemblement parisien et à nos partenaires italiens de l’Associazione Italiana Vittime del Terrorismo (AIVITER) au sein de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme.

La Région de Vénétie a érigé à Padoue le seul monument européen dédié aux victimes du 11 septembre "Memoria e Luce".

Le Président Galan était représenté à Paris par Gian Lorenzo Martini, Directeur du Bureau de la Région de Vénétie à Bruxelles.

Bonjour à tous,

permettez-moi tout d’abord de remercier les organisateurs de cette importante journée d’hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer cet événement tragique qui a profondément bouleversé le destin du monde entier.

Un événement qui, du jour au lendemain, nous a, par certains aspects, rendus tous plus fragiles, plus faibles. Par d’autres aspects, une telle tragédie doit aussi nous rendre plus forts et nous amener à redécouvrir les valeurs communes qui nous soudent.

Il me tient à cœur de rappeler que cette ville a vu naître, voilà plus de deux siècles, les idées qui continuent d’inspirer nos démocraties et sociétés : l’égalité, le respect des droits fondamentaux de l’être humain, l’état de droit, la liberté de pensée et d’opinion. Ces concepts ne sont pas vides de sens : ils représentent en effet le prix que l’Europe a payé lors de guerres terribles qui l’ont divisée et déchirée. Pour autant, ce sont aussi les idées qui ont façonné la pensée occidentale et lui ont conféré une identité commune.

Et ce sont ces mêmes valeurs qui, me semble-t-il, doivent guider les choix auxquels sont confrontés l’Europe et l’Occident.

En effet, il va de soi que les attentats du 11 septembre survenus il y a huit ans n’ont pas eu pour seule conséquence la mort de milliers d’innocents. Pour bon nombre d’entre nous, cette tragédie a également anéanti l’espoir d’un monde meilleur. Elle a sapé la confiance en notre prochain, alimenté les jugements et les préjugés, ces préjugés qui se nourrissent de la peur, animent chacun d’entre nous et ont souvent poussé l’humanité à opérer des choix terrifiants.

Ces événements douloureux ont mené l’Europe sur une pente glissante : celle de la méfiance, des discriminations, de l’expression de la différence et de l’identité personnelle, bref, d’un cheminement intellectuel qui est juste pour autant qu’il ne porte pas atteinte au respect d’autrui.

Voilà pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous inspirer de nos valeurs européennes communes afin de nous frayer un chemin dans les méandres de cet Occident qui réfléchit sur son propre sort et ses rapports avec autrui. J’aimerais, à cet égard, partager trois réflexions.

Aujourd’hui, plus que jamais, il me paraît que le pardon s’impose. Il s’agit là d’une valeur dont notre Europe chrétienne ne peut faire fi. Loin de moi l’idée d’assimiler le pardon à l’ oubli : bien au contraire. Pardonner, c’est se souvenir de ce qui s’est passé, se souvenir de ceux qui ne sont plus, avec la force et la fermeté de celui qui, en dépit de tout, refuse de se laisser dévorer par la haine. C’est aussi comprendre, s’interroger sur les événements afin de faire en sorte qu’un tel drame ne se reproduise jamais. À mon sens, ce pardon doit naître du sacro-saint principe selon lequel la responsabilité est un fait personnel et non collectif. Combien de guerres qui ravagent notre planète depuis des décennies auraient-elles pu être évitées si tous les êtres humains adhéraient à ces valeurs ?

Aujourd’hui, plus que jamais, le respect d’autrui s’impose : respect des opinions, de l’expression, des religions différentes de la nôtre. L’Europe, berceau du siècle des Lumières, se doit de maintenir ces valeurs. Il est évident que le respect d’autrui doit être réciproque et ne peut remettre en cause le respect que nous portons à nous-mêmes, à notre civilisation et à nos valeurs. Une société qui respecte la liberté n’est en aucun cas une société qui fait preuve de faiblesse mais bien une société qui croit en la diversité et parvient à en faire un moteur, une source de richesse et de renouveau.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’accueil et l’intégration doivent rester au cœur des principes défendus par une Europe démocratique et libérale. Rappelons, à ce sujet, que l’accueil au sein de notre société doit obéir à des critères de respect mutuel qui impliquent l’adhésion aux règles que notre société s’est fixée, conformément au principe de la participation démocratique à la « res-publica ».

Je pense que ce sentiment de peur et d’appréhension que nous avons éprouvé le 11 septembre 2001 doit à présent nous amener à être plus forts et à acquérir une force qui, ensemble, nous permettra d’affronter avec courage et lucidité les menaces qui subsistent.

Avant de conclure, j’aimerais citer le nom de deux personnes susceptibles de nous aider à mieux cerner les complexités du monde actuel. La première est l’un de vos membres, Mario Calabresi. Il est aujourd’hui directeur d’un grand quotidien de la presse italienne et il est le fils d’un commissaire de police, Luigi Calabresi, assassiné au début des années 70 par des militants d’extrême gauche qui le jugeaient responsable de la mort d’un membre du mouvement anarchique. Mario a accepté d’écrire un ouvrage dans lequel il revient sur ce drame personnel. Ce qui m’a le plus marqué, à la lecture de ce formidable témoignage, c’est la manière par laquelle la famille de Mario, en dépit que sa souffrance, est parvenue à se débarrasser de la soif de vengeance qu’elle éprouvait à l’encontre des assassins et à s’extraire de la spirale de la haine.

Éviter de se laisser envahir par la haine : voilà ce à quoi je pense lorsque j’évoque le pardon. Une vie faite de haine n’est pas une vie et revient à permettre à ceux qui ont tué de tuer une deuxième fois.

L’autre personne à laquelle je souhaiterais faire référence est le président des États-Unis, Barack Obama. Je le citerai en mentionnant un passage du discours qu’il a tenu à l’université du Caire en juin dernier et qui, en quelques phrases, résume bon nombre des idées que j’ai tenté d’exprimer.

« Il est plus facile de commencer une guerre que de la terminer. Il est plus facile d’accuser les autres que de se regarder en face. Il est plus facile de recenser les différences qui existent entre nous plutôt que les points communs. Mais il est de notre devoir de choisir la bonne direction, et pas la plus facile ».

J’espère que nous serons tous en mesure de célébrer dignement cette journée et emprunterons, à l’avenir, la bonne direction. Giancarlo Galan Président de la Région de la Vénétie

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