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Discours introductif à la Conférence de 13 mai 2004

par la Présidente du MPCT

mercredi 3 mai 2006, par MPCT

Une actualité terrible nous accable presque quotidiennement et les souvenirs des attentats de Madrid se sont déjà estompés. Pourtant il faut se souvenir.

Il y a deux mois et 2 jours, nous assistions à un massacre de masse commis chez nos voisins.

Rappelons-nous comme les politiques et les « spécialistes » se sont d’abord bousculés pour dire que ce ne pouvait être que l’ETA..

Quand la vérité s’est imposée, nous avons assisté à un tour de passe-passe, à un basculement extraordinaires.

Alors que spontanément des manifestations massives, bien dans la tradition des peuples d’Espagne, forgée dans la lutte antifranquiste et la mobilisation contre l’ETA, s’étaient dressées contre les terroristes, tout d’un coup le coupable, l’assassin devenait Aznar pour cause d’intervention en Irak.

Ler terrorisme islamiste avait frappé massivement une population civile, au demeurant opposée à l’intervention militaire en Irak, mais le coupable était Aznar !

La suite est connue : l’irruption du terrorisme dans un scrutin démocratique a eu les conséquences escomptées par ses commanditaires. Ça a marché.

Rares sont les observateurs qui, comme André Glucksmann et Ivan Rioufol, ont analysé la portée de l’évènement.

Car la question de savoir si l’on était partisan de Zapatero ou d’Aznar devient dérisoire au regard du coup porté à la démocratie.

Parler d’esprit munichois comme l’ont fait certains peut sembler fondé. Même s’il n’y a pas identité avec l’ascension du nazisme, il y a quelques similitudes dans une politique de concessions dictées par la peur et l’espoir d’être épargnés.

Le 11 septembre a bien ouvert une de ces grandes fractures de l’histoire de l’humanité, d’une importance comparable à celle des années 30.

Dans un autre cadre et sous une autre forme le terrorisme a encore fait irruption dans un scrutin, même s’il ne s’agissait pas d’une consultation électorale, avec l’assassinat à bout portant d’une mère enceinte de 8 mois et de ses quatre petites filles dans la bande de Gaza le 2 mai. Au-delà de l’atrocité de l’acte il y avait une volonté d’influer sur la consultation qui avait lieu ce jour là à propos du retrait israélien de la Bande de Gaza, de tout faire pour éloigner toute possibilité de progrès.

IL FAUT RESISTER AU TERRORISME , après Madrid beaucoup l’ont affirmé et il y a tout lieu d’en être satisfait.

Pourtant on peut s’interroger.

Comment apprécier la distinction opérée de façon constante entre terrorisme international et terrorisme palestinien ?

Elle discrimine des victimes d’actes en tous points comparables, visant délibérément des civils.

Cette discrimination contredit de fait l’affirmation qu’aucune cause ne justifie de tes actes.

Pour nous il est essentiel de refuser toute discrimination.

C’est pour cela que nous avions décidé d’envoyer une délégation à La Haye, non pour prendre parti dans un conflit douloureux et complexe mais pour écouter des victimes que la Cour Internationale de Justice refusait d’entendre.

Les paroles des victimes israéliennes qu’on y a entendues sont les mêmes que celles des victimes de tous les attentats du monde, les mêmes que celles de attentats du RER St Michel au procès en appel de Bensaïd. Avec quelque chose en plus, la révolte devant l’indifférence du monde. Je me souviens du cri de cette jeune fille rescapée d’un attentat à l’adresse du monde « Regardez-nous, regardez-nous dans les yeux ! ».

D’ailleurs LES VICTIMES INTERESSENT PEU.

Deux mois après Madrid, le sort des victimes, des survivants espagnols qui luttent pour se reconstruire, physiquement et moralement, n’intéresse pas.

L’indignation sélective est devenue la règle.

Les populations africaines du Darfour, au Soudan, ne subissent-elles pas un nettoyage ethnique dans l’indifférence générale ?

Aussi il faut saluer l’enquête que le journal Le Parisien a menée sur les conséquences du terrorisme.

D’abord parce qu’elle donne la parole à une victime française du 11 septembre.

Une jeune femme qui ne peut toujours pas parler des heures qui ont suivi l’attaque des tours où elle était employée mais évoque son douloureux parcours pour lutter contre les peurs qui l’envahissent toujours.

Ensuite parce qu’elle présente un reportage réalisé en avril dans des trains et gares de la banlieue parisienne.

Quand la parole se libère, affleurent des mots qui font honte et mal.

C’est cette jeune femme qui avoue qu’elle observe maintenant les Maghrébins.

« Je me déteste à chaque fois que je fais ça parce qu’il y a quinze ans j’avais le badge Touche pas à mon pote. »

Et c’est ce jeune Maghrébin qui souffre de sentir un injuste regard de suspicion peser sur lui.

« Les attentats, même avec une bonne tête d’Arabe, tu en meurs aussi. »

Ce jeune homme a pleinement raison, il est sur la nouvelle ligne de front comme tous les civils !

Ce n’est pas le moindre crime du terrorisme islamiste que de saper les rapports de confiance et de favoriser la discrimination. Quand s’installe la peur du terrorisme le délit de faciès n’est jamais loin...

Le terrorisme génère la suspicion, l’injustice et l’humiliation.

Plus grande la menace, plus fréquents, plus prégnants les attentats et plus coercitives sont les mesures sécuritaires et le cortège de souffrances, d’injustices et d ‘humiliations qu’elles entraînent.

IL N’Y A PAS DE BONNE REPONSE AU TERRORISME !

Il n’y a pas de bonne réponse au terrorisme mais condamner la réponse comme le mal premier ne sert à rien.

Il n’y a pas de bonne réponse au terrorisme, ce qu’il faut c’est l’empêcher, l’endiguer par la bataille des idées, lui enlever tout soutien moral comme le dit le Dr Jacky Mamou. En rappelant qu’il existe une conscience universelle qui réprouve ces actes qu’elle que soit la cause qu’ils prétendent servir.

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