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Terrorisme et politique

lundi 3 juillet 2006

Lise Haddad nous livre cette analyse de la situation du Proche-Orient et du rapport vicié du terrorisme au politique qu’elle illustre tragiquement, dans sa réalité comme dans sa perception. Nombreux sont nos amis qui ont réagi avec indignation au traitement médiatique de l’assassinat du jeune civil israélien Eliahou Ashéri, 18 ans mais déjà "colon" à vie et à mort.

Nous assistons à un phénomène au Proche- Orient qui touche au coeur même du terrorisme et de ses rapports avec la politique. Un gouvernement issu du Hamas élu démocratiquement au sens le plus restreint du mot, c’est à dire au terme d’élections populaires _même si aucune des valeurs démocratiques n’est respectée _viole les principes élémentaires du droit international en venant enlever un soldat et des civils israéliens sur leur territoire et en commençant à les assassiner. L’enlèvement du soldat est revendiqué par un responsable du Hamas.

Dans le même temps, le Hamas signe un accord des plus ambigus avec les autres partis palestiniens reconnaissant implicitement l’existence d’Israël pour qui a envie de l’interpréter ainsi, sans renoncer à la violence mais en faisant à la communauté internationale l’aumône d’un geste de bonne volonté. Geste du reste pris en compte par le chef du gouvernement israélien qui n’exclut pas de reprendre les négociations de paix avec ces nouvelles données mais qui prend le soin de séparer ces déclarations du règlement de l’affaire criminelle de l’enlèvement du soldat

Le groupe détenant le soldat enlevé propose un échange entre des informations sur ce soldat et la libération de centaines de prisonniers, femmes et enfants dont on oublie de dire qu’ils étaient impliqués dans des attentats visant la mort de civils dont des femmes et des enfants. Double déséquilibre : tout d’abord, il s’agit de prisonniers qui bénéficient de droits, à la différence de ce soldat enlevé qu’on menace sans cesse de tuer en admettant qu’il soit encore vivant, d’autre part, on demande la libération de personnes jugées coupables contre des informations. Ces manoeuvres visent à donner des oripeaux de légitimité politique à des pratiques maffieuses et criminelles.

Lorsque après menaces et ultimatum de la part du gouvernement israélien pour récupérer son soldat, les Israéliens mettent leurs avertissements à exécution, des groupes armés palestiniens menacent de tuer un jeune Israélien de 18ans enlevé lui aussi , si les Israéliens ne se retirent pas immédiatement. Toujours une pratique maffieuse puisque l’on complique cette affaire d’otage d’un autre enlèvement, le jeune garçon ayant de plus été assassiné immédiatement donc avant l’odieux chantage.

Résultat politique pour qui ne sait pas voir : Les Palestiniens qui pour une fois avaient élu démocratiquement leur gouvernement sont attaqués injustement et privés d’électricité et d’une partie de leurs infrastructures même s’il n’y a aucune victime humaine de leur côté grâce aux précautions prises par l’armée israélienne. Ils ont fait un geste "historique " même s’il ne s’agit que de déclarations implicites et contournées évoquant en creux l’existence d’Israël sans aucun engagement nouveau. Ayant subi de lourdes pertes matérielles, ils ne rendent pas le soldat enlevé mais exécutent un « colon » qui comme chacun sait n’a pas d’âge, ni d’identité, ni de nom mais seulement ce statut de « colon » qui équivaut à « exploiteur, coupable d’emblée ». L’enlèvement du soldat sur son propre territoire ? Un acte de résistance ; l’enlèvement en Israël et le meurtre de civils israéliens ? Une réponse à l’incursion israélienne sur la bande de Gaza et si ce soldat est tué ou si sa mort est annoncée, ce seront sans doute les Israéliens qui l’auront voulu. La cause et les effets sont systématiquement inversés parce que les terroristes se sont définitivement attribué le statut de victime et donc toute violence aussi atroce fût-elle n’est présentée que comme une manifestation de leur frustration.

Voilà donc aujourd’hui le résultat obtenu médiatiquement par des assassins sans vergogne, assassins d’enfants même, puisqu’il s’agit d’un adolescent qui n’avait que 18 ans, par des maffieux qui le revendiquent mais qui ont tant donné l’habitude de qualifier leurs meurtres d’actes politiques, leurs assassins d’activistes ou de martyrs que l’absolue conformité de leurs actes avec celles des plus grand criminels n’apparaît plus.

Le gouvernement israélien en répondant par la répression à des pratiques maffieuses essaie de démontrer que par leurs actes, les membres du Hamas sont sortis du jeu politique et ont révélé leur ligne d’action terroriste et hors la loi mais la confusion des genres et le parasitage du politique par le terrorisme n’a t-il pas déjà trop déformé l’écoute des Occidentaux ?

Lise Haddad © mpctasso.org

(reproduction libre avec cette mention)

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